L’indo-européen a-t-il été la langue commune de la préhistoire ?

Et si le sanskrit, le russe, le hindi, l’arménien, le français et l’anglais n’étaient, à l’origine, qu’une même langue préhistorique : l’indo-européen ?
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L’indo-européen a-t-il été la langue commune de la préhistoire ?

Existait-il une langue préhistorique commune ? C’est la théorie que certains linguistes défendent. Pour ces spécialistes, environ 400 langues actuellement parlées par la moitié de la planète n’étaient qu’une seule et même langue : l’indo-européen. Parlé par un seul et même peuple, vers 9000 avant J.-C., l’indo-européen serait ainsi apparu à peu près au même moment que l’agriculture. Qui étaient ces personnes ? Où vivaient-elles ? Quel langage utilisaient-elles pour communiquer entre elles ? À quoi ressemblait leur société, leur mode de vie ? Celles et ceux qui parlent une langue indo-européenne aujourd’hui sont-ils les descendants de ce peuple ? Les réponses à ces questions supposent d’abord de valider l’hypothèse selon laquelle la langue indo-européenne aurait bel et bien existé.

Qu’est-ce que l’indo-européen ?

Si la tour de Bab(b)el a réellement existé, il y a fort à parier que les êtres humains qui la construisaient parlaient l’indo-européen.

Cependant, le concept d’indo-européen ne relève pas de la mythologie, mais de la linguistique. En effet, cette langue est ce qu’on appelle une « protolangue » : une langue hypothétique, reconstruite à partir de l’étymologie, de la phonétique, de la morphologie, de la syntaxe et de la sémantique de langues qui existent, ou qui ont existé. Il s’agirait donc de reconstruire une langue – l’indo-européen – à partir d’éléments communs à près de 400 langues, aujourd’hui parlées par près de trois milliards de locuteurs.

Pas sûr donc que l’indo-européen ait réellement existé, mais son existence est un postulat de départ qui permet d’étudier les raisons pour lesquelles on trouve d’étonnantes ressemblances entre des langues qui, a priori, n’ont rien en commun entre elles. Comparons par exemple les mots utilisés pour désigner le soleil dans différentes langues :

– en sanskrit : « सूर » (sūra)
– en néerlandais : « zon »
– en letton : « saule »
– en danois, norvégien, suédois, islandais, espagnol, catalan, portugais : « sol »
– en russe : « солнце » (solnce)

À titre de comparaison, en chinois, « soleil » se dit « 太阳 » (Tàiyáng – ou tout simplement yáng). En khmer, on dit « ថ្ងៃ » (Thngay). En maya yucatèque : « K’iin ». On est donc très loin de la sonorité sifflante en « sss » suivi d’une intonation basse, caractéristique de l’indo-européen !

D’où viendrait l’indo-européen ?

L’indo-européen est donc à la fois le nom donné à une famille de langues et à une théorie selon laquelle toutes les langues indo-européennes ne seraient que des variantes d’une seule et même langue. À l’heure actuelle, deux hypothèses s’affrontent pour définir son origine géographique :

– L’hypothèse kourgane (proposée par Marija Gimbutas en 1956) avance que l’indo-européen viendrait d’un peuple semi-nomade, ayant vécu entre 7000 et 6000 avant J.-C., quelque part autour de l’actuelle frontière entre la Russie et l’Ukraine, dans les steppes du nord de la mer Noire. Selon cette hypothèse, les Indo-européens auraient été un peuple de guerriers et de cavaliers ayant diffusé leur langue à travers des conquêtes de territoires.

– L’hypothèse anatolienne (proposée par Colin Renfrew en 1987), quant à elle, propose de situer le foyer géographique de l’indo-européen en Anatolie (la Turquie d’aujourd’hui), entre 10 000 et 8 000 avant J.-C.. Cette région du monde, qui serait le berceau de l’agriculture, aurait diffusé son langage en même temps que son invention, déterminante pour l’histoire de l’humanité.

De nombreuses études ont cherché à valider ou invalider l’une des deux hypothèses. Les chercheurs de l’université de Berkeley (Californie) ont analysé 207 ensembles de mots provenant de 150 langues indo-européennes afin de prouver l’hypothèse des steppes ; en parallèle, les équipes de David Reich, à Harvard (Massachusetts), veulent utiliser la génétique en analysant le génome de 69 Européens ayant vécu entre 8000 et 3000 avant J.-C.. Mais aucune hypothèse n’a pour le moment réussi à dominer l’autre. Le débat est donc toujours vif, malgré les progrès réalisés dans la connaissance des institutions, des pratiques sociales, du mode de vie de ceux qui auraient parlé l’indo-européen.

Pour rappel, on définit généralement le début de l’histoire de l’humanité vers 3000 avant J.-C., avec l’apparition de l’écriture. L’indo-européen aurait donc eu entre 5000 et 7000 années pour coloniser le continent eurasiatique.

Combien de langues proviennent de l’indo-européen ?

L’indo-européen – ou plutôt la famille des langues indo-européennes – est généralement subdivisé en huit branches :

  • l’albanais
  • l’arménien
  • les langues balto-slaves
  • les langues celtiques
  • les langues germaniques
  • les langues helléniques
  • les langues indo-iraniennes
  • les langues romanes

Au total, près de 400 langues actuellement parlées dans le monde descendraient de l’indo-européen. Parmi les dix langues les plus parlées dans le monde, seules trois ne proviendraient pas de l’indo-européen : le chinois, le japonais et l’arabe.

Les racines communes de l’indo-européen

Le plus fascinant dans l’étude de l’indo-européen, c’est la quasi-certitude que les points communs à toutes les langues indo-européennes reflètent l’existence d’une « institution » indo-européenne comme mode de vie préhistorique. Pour schématiser, on peut imaginer que la notion de maternité (qui n’a rien d’inné : c’est un acquis culturel) existait déjà à l’époque, puisqu’on trouve la même racine dans les langues indo-européennes : « mère », « mother » en anglais, « mutter » en allemand, « mater » en latin, « madar » en persan, « matr » en sanskrit.

De même, les preuves de l’existence d’une notion de « roi » ou de « chef » se retrouvent en sanskrit (radja), en latin (rex/regem) ou en grec (orego) – sans pour autant attester les théories selon lesquelles toutes les tribus/communautés préhistoriques étaient menées par un leader fort.

Pour trouver des « racines communes » aux langues indo-européennes, il faut ainsi se tourner vers les mots de tous les jours, ceux qui sont à la base de notre mode de vie : la famille (père, mère, fils, fille, sœur), les moyens de production ou signes extérieurs de richesse (cheval, vache), les actions les plus élémentaires (se mettre debout, parole, voir).

Quelle est la langue la plus proche de l’indo-européen originel ?

Aucune ! Certaines théories avancent l’idée qu’il s’agit de l’albanais ; d’autres affirment que les sonorités de l’italien contemporain s’en rapprochent phonétiquement. Mais outre l’anachronisme évident d’un guerrier nomade d’Asie centrale hurlant « Mamma Mia ! » en 9000 avant J.-C., les linguistes s’accordent à penser que, si les langues indo-européennes ont des racines communes, aucune n’est réellement plus proche de l’indo-européen originel qu’une autre. 

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