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De l’apprentissage des langues autochtones au Québec

La culture canadienne ne se limite pas seulement à celle des anglophones et des francophones. Dans cet article, vous trouverez des exemples de langues autochtones qui ont résisté au temps et qui sont enseignées dans les classes. Des langues autochtones que nous pouvons retrouver au Québec, précisément.
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De l’apprentissage des langues autochtones au Québec

Illustrations par Lucille Duchêne

Dans un contexte de mondialisation, où l’utilisation de quelques langues est privilégiée, est-il possible de sauvegarder sa propre langue et sa culture? Dans un de mes articles, j’avais abordé les stratégies instaurées par les Québécois francophones pour conserver l’utilisation du français. Bien entendu, ils ne sont pas les seuls à vouloir protéger leur langue. Depuis des décennies, les langues autochtones ont été préservées de l’assimilation culturelle afin d’être enseignées à de nouvelles générations. Une richesse culturelle qui vaut la peine d’être sauvegardée !

Les langues autochtones au Québec

Saviez-vous qu’au Canada, on dénombre environ 60 langues autochtones, réparties à travers le pays? Rien qu’au Québec il existe autant de langues que de nations autochtones, soit onze : abénaquise, algonquine, atikamekw, crie, huronne-wendat, inuite, innue, malécite, micmac, mohawk et naskapi. Cela fait beaucoup de langues, mais certaines d’entre elles partagent des similitudes. Par exemple, les langues wendat et mohawk, qui font toutes deux partie de la famille iroquoïenne.

Dans le passé, plusieurs langues autochtones ont été menacées de disparition en raison des politiques coloniales restrictives :

« En effet, visant à assimiler les peuples autochtones, la Loi sur les Indiens et les pensionnats forcent ceux-ci à abandonner leur propre langue : les pensionnaires qui se font prendre à parler leur langue maternelle sont punis. Même après la fermeture des pensionnats, les pertes linguistiques subies et la peur de représailles accablent toujours l’usage des langues autochtones, affectant du coup la transmission de génération en génération de ces langues. »

Heureusement, comme nous allons le constater avec les cas suivants, les langues autochtones continuent à être parlées de nos jours. Et ce, grâce à l’éducation.

L’innu

Cette langue est l’une des nombreuses langues autochtones faisant partie de la famille algonquienne. Elle est parlée par la nation innue, établie dans la partie boréale du Québec ainsi qu’au Labrador. Parfois appelée la langue montagnaise, la langue innue est de moins en moins parlée par les jeunes générations. Elle est même menacée de disparition, comme le rappelle Marcelline Picard-Canapé, spécialiste de l’éducation parmi les Premières Nations :

« Une des causes premières est certes le fait que la langue montagnaise soit de tradition orale. L’environnement influence beaucoup, de même que la façon de transmettre cette langue. De génération en génération, il y a des pertes de vocabulaire qui se font d’une façon subtile. Comme il n’y avait pas d’écrit dictionnaire, grammaire, etc. jusqu’à tout récemment, une bonne partie de la langue est demeurée inutilisée, donc non transmise à l’autre génération : c’est le cas du vocabulaire lié à la chasse, à la forêt, à la géographie physique, etc. Le fait que plusieurs Montagnais se soient sédentarisés et vivent près d’un milieu parlant français ou anglais, que les services offerts le soient par des francophones ou anglophones, contribue encore à dévaloriser la langue montagnaise. »

 

Le territoire québecois englobe plusieurs langues et cultures

Heureusement, des efforts ont été instaurés pour préserver la langue innue, dont des cours dans les écoles de la nation depuis les années 1970. De plus, des outils pédagogiques ont été créés pour favoriser cet apprentissage. Par exemple, en 2014, la linguiste Lynn Drapeau a publié une grammaire innue aux Presses de l’Université du Québec. Dans cet ouvrage, on explique entre autres les différences entre les dialectes de l’Ouest et ceux de la Basse-Côte-Nord.

L’apprentissage de cette langue se retrouve également plus au sud du Québec. Yvette Mollen, professeure de langue innue, enseigne cette langue à l’Université de Montréal. Il s’agit du tout premier cours de langue autochtone offert par cette institution.

Enfin, la langue innue doit s’adapter à de nouvelles réalités. Ainsi, pour décrire une partie de hockey sur glace, les Innus vont utiliser leurs propres mots, plus descriptifs. Par exemple, au lieu de dire « tir de pénalité », ils vont dire « minakanu tshetshi kutshipanitat tshetshi pituteik usham anuenimakannua nenua kueshte kametueshiniti » (on donne la chance de compter à une personne qui a été victime d’une pénalité).

L’atikamekw

L’atikamekw est également une langue de la famille algonquienne, parlée par trois communautés situées dans la partie centrale de la province : Wemotaci, Manawan et Opitciwan. Contrairement à l’état de préservation de la langue innu, celui de l’atikamekw est enviable : elle est la langue maternelle de 95 % des Atikamekw.

Pour arriver à un tel résultat, la préservation de cette langue est passée par son institutionnalisation au cours des années 1970. En effet, l’enseignement de la langue atikamekw dans les écoles a joué un rôle important :

« En 1992, les enfants commençaient la maternelle entièrement en attikamek. Puis, on intégrait 10 % de français en première année, 20 % en deuxième année, 30 % en troisième année. Arrivés en sixième année, 90 % des cours étaient en français et 10 % en attikamek. »

Tout comme la langue innue, la langue atikamekw possède elle aussi ses propres outils pédagogiques. À titre d’exemple, une application mobile, Conversation en atikamekw, a été créée pour faciliter l’apprentissage de cette langue. L’enseignement de cette langue est aussi proposé ailleurs que dans les communautés atikamekw. Il est possible de suivre des cours de langues autochtones données par Montréal Autochtone. Cependant, les membres-autochtones de l’organisation ont un accès prioritaires à ces cours.

Si vosu n’avez pas accès à ces cours, vous pouvez vous familiariser avec ce manuel de conversation atikamekw. Grâce à ce guide, je peux demander à une personne de m’emmener à l’aéroport dans la langue atikamekw. Je dois simplement dire : « Matci ia ki ka ki iciwirin ka ici actek ka ici ponemakak ka miremakak? ».

L’inuktitut

Contrairement à l’innu et à l’atikamekw, qui font partie de la famille algonquienne, la langue inuktitute appartient à la famille des langues inuites. Elle est parlée par environ 34 000 personnes, entre autres dans le nord du Québec, et « est considérée comme l’une des langues les plus difficiles à parler dans le monde ».

Pour commencer, l’inuktitut est une langue polysynthétique, c’est-à-dire composée de mots plus longs et d’une structure plus complexe que l’anglais ou le français. De plus, il existe différents systèmes d’écriture et dialectes, rendant difficile la communication entre les Inuits. Voilà pourquoi l’organisation nationale Inuit Tapiriit Kanatami recommande une standardisation de la langue en adoptant l’orthographie romaine pour faciliter son apprentissage.

Depuis quelques temps, il est possible d’apprendre l’inuktitut dans le sud du Québec. À titre d’exemple, des cours d’inuktitut sont offerts à l’Institut culturel Avataq. La mission de l’Institut consiste également à développer la terminologie inuktitute « dans les domaines contemporains, par exemple le vocabulaire juridique, médical, celui des communications. » En Europe aussi, l’inuktitut fait partie des langues enseignées à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Pendant quatre ans, les étudiants reçoivent des cours de grammaire, de culture et des pratiques de l’expression orale et écrite.

Enfin, côté technologique, l’application mobile Singuistics permet l’apprentissage de cinq langues autochtones, dont l’inuktitut, en pratiquant des chants traditionnels. Une manière amusante d’apprendre la bonne prononciation des mots. Vous désirez faire du camping lors de votre prochain voyage dans le nord du Québec? Il suffit de le dire : « Maqaigumavunga » (je veux faire du camping)!

Comme nous venons de le constater, certaines langues autochtones demeurent vivantes et s’adaptent aux réalités d’aujourd’hui. Malheureusement, d’autres langues sont menacées de disparition : au recensement de 2011, l’abénaquis était parlé « par seulement une vingtaine de personnes ». Cette langue a été transmise à Philippe Charland, un non-autochtone, qui l’enseigne à son tour. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour apprendre une langue, quelle que soit sa vitalité.

Pour en savoir plus sur l’innu, l’atikamekw ou l’inuktitut :
The Algonquian Linguistic Atlas
Innu-aimun.ca, site Web de la langue innue
Ressources en langue innue – Institut Tshakapesh
Lexique de la langue innue de Nametau innu
Manuel de conversation atikamekw
Alphabet atikamekw
Leçons d’inuktitut
L’Inuktitut : La langue des Inuits
35 mots pour comprendre le Nord

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