Lu du ciel : la langue secrète des pilotes de ligne

De Alpha à Zulu : un petit guide pour comprendre comment les pilotes de lignes et les PNC communiquent.
Lu du ciel : la langue secrète des pilotes de ligne

Illustré par Eleonora Antonioni

Pilote de ligne : un métier qui fait rêver… mais surtout un métier difficile. On entend souvent dire que tout est désormais automatisé, et qu’il suffit d’appuyer sur un simple bouton pour faire décoller un de ces géants du ciel. Mais il n’en est rien : faire voler un avion est une mission ardue qui serait impossible sans communication !

Pendant le vol, les pilotes de ligne doivent constamment communiquer : avec la tour de contrôle et les autorités aéroportuaires bien sûr, mais aussi avec le personnel navigant, le personnel au sol, les passagers et les autres pilotes d’avion. Pas évident quand on navigue à plus de 10 000 mètres d’altitude ! C’est ainsi qu’est née une « langue secrète » propre aux pilotes de ligne, un jargon sténographique destiné à faciliter la communication qui n’a cessé d’être perfectionné au fil des années pour s’assurer de sa précision et de son efficacité.

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Tout cela peut sembler très sérieux – et c’est le cas. Mais pour autant, il faut savoir que le jargon utilisé dans les avions peut s’avérer très… amusant. Il n’est pas rare de surprendre le pilote communiquer avec le PNC (Personnel Navigant Commercial) de façon très sarcastique, sans que les passagers ne comprennent un traître mot de cette conversation !

Alors comment communique-t-on quand on vole à plus de 10 000 mètres d’altitude ? Découvrez la langue secrète des pilotes de ligne !

Réguler la langue de l’aviation

Tout a commencé avec un drame : le crash d’un avion sur l’aéroport de Tenerife (îles Canaries), en 1977. En cause, une menace terroriste qui oblige les autorités aéroportuaires de la zone à détourner de nombreux avions vers l’aéroport de Tenerife-Nord. Mais en raison du mauvais temps et d’une mauvaise communication entre le contrôle aérien et les pilotes, ce qui devait arriver arriva : un avion en phase d’atterrissage se retrouva nez à nez avec un aéronef au décollage. Le bilan fut terrible…

L’horrible accident de Tenerife servit alors d’électrochoc. Il fallait impérativement définir une terminologie claire et concise pour éviter qu’un tel drame se reproduise. Bien sûr, un certain nombre de réglementations avaient déjà été mises en place – mais les besoins étaient étaient cette fois bien spécifiques. En effet, le jargon utilisé par les pilotes combinait jusqu’alors un nombre singulier d’expressions militaires, sans aucun cadre défini et dont l’interprétation était souvent douteuse.

Afin d’éliminer toute forme d’ambiguïté, il fut donc décidé qu’une seule langue serait désormais utilisée par les pilotes : l’anglais. En 2017, l’Union européenne rendit obligatoire l’usage de l’anglais pour les communications entre pilotes et contrôleurs aériens, et ce dans chacun des aéroports accueillant plus de 50 000 vols internationaux par an. Un inconvénient majeur pour les aspirants pilotes non anglophones : pour devenir pilotes, ils doivent désormais obtenir un certificat d’anglais spécifique, le Test of English for Aviation (T.E.A).

Parler anglais est donc désormais indispensable pour devenir pilote de ligne. Mais l’obtention du T.E.A n’offrirait pourtant pas toutes les garanties nécessaires à la sécurité des passagers. C’est en tout cas l’une des conclusions d’un rapport britannique publié en 2017, selon lequel les pilotes non anglophones obtiendraient trop facilement leur certification d’anglais, ce qui mettrait en danger la vie des passagers.

Plus grave encore, le rapport constatait également que les pilotes anglophones ne communiquaient pas mieux pour autant : jugés trop familiers ou pas assez formés aux codes de l’aviation civile, pilotes et contrôleurs aériens manquaient non seulement d’une formation approfondie pour communiquer efficacement, mais surtout d’une terminologie adaptée aux risques encourus.

Le jargon du ciel

L’exemple le plus probant d’une terminologie claire et suffisamment précise reste l’alphabet phonétique de l’OTAN, ou Code Alpha International. Vous le connaissez forcément, tout du moins en partie : il s’agit de l’alphabet phonétique couramment utilisé dans les films. Développé dans les années 1950 par l’International Civil Aviation Organization, il a été largement adopté depuis. Parmi tous les avantages offerts par le Code Alpha, le fait de pouvoir facilement prononcer et distinguer les différentes lettres de l’alphabet anglais l’a rapidement rendu indispensable dans les communications aéronautiques, qu’il a grandement contribué à améliorer.

L’alphabet phonétique de l’OTAN ou Code Alpha

Mais au-delà du seul alphabet phonétique, c’est toute une terminologie qui est utilisée par les pilotes de ligne et le personnel navigant. Composé d’expressions aussi inventives qu’imagées, elle permet notamment au personnel navigant de communiquer au nez et à la barbe des passagers, qui n’ont ainsi aucune raison de penser qu’ils sont au centre des discussions ! Pour vous aider à comprendre et parler la langue du ciel lors de votre prochain voyage, nous vous avons préparé un guide non exhaustif des expressions et termes communément utilisés dans le monde de l’aviation.

La langue secrète des pilotes de ligne :

Bœuf  : Commandant de bord
Broyeurs de miettes :
Enfants
Bouilleur :
Réacteur
Bétonner :
Être cloué au sol
Coco :
Kérosène
Georges :
Pilote automatique
Grimper aux arbres :
Prise d’altitude rapide
Kiss :
Atterrissage en douceur
Napper le client :
Renverser quelque chose sur le client
Oiseau : Avion
Sabots
 : Train d’atterrissage

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