Parlez une langue comme vous en avez toujours rêvé

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10 mots français d'origine arabe

Saviez-vous que « nénuphar » est un mot d'origine perse qui s'écrivait avec un [f] jusqu'en 1935 ? C'est parce qu'on a un moment pensé à tort qu'il était dérivé du grec, que son orthographe a été modifiée. Suivez dans notre article le périple linguistique de dix autres mots français d'origine arabe.

Il n’y a jamais eu sur la terre ni sang pur ni langue sans alliage. – Antoine de Rivarol

L’arabe, langue d’influence internationale

C’est à partir du VIIe siècle, à l’époque de l’Hégire, que la langue arabe gagne une influence internationale, en relation étroite avec l’expansion géographique de la civilisation islamique, depuis l’Afrique du Nord jusqu’à l’Asie centrale. Entre le VIIIe et le XIIe siècle, les cultures arabophone et persane dominent l’Occident dans de nombreux domaines : scientifique, social, littéraire… Ce n’est qu’à la Renaissance que l’Europe commence à rattraper son retard. Durant ces quelques siècles, les pays européens, en particulier ceux du pourtour méditerranéen, se sont imprégnés de la langue arabe en s’appropriant de nombreux termes.

L’Orient et l’Occident entretiennent des liens étroits, et le passage de l’arabe vers le français s’opère de différentes façons : par le biais des conquêtes territoriales ou par l’intermédiaire d’une autre langue (beaucoup de termes d’origine arabe nous viennent de l’italien ou de l’espagnol) mais aussi grâce au commerce et aux échanges intellectuels, notamment la littérature et la traduction. Ainsi, la philosophie de Platon nous a été transmise par des auteurs latins, alors que celle d’Aristote a principalement été relayée par des penseurs et traducteurs arabes. Or de tels liens, une telle proximité entre les cultures, se traduisent forcément par des transferts, des ponts jetés entre les langues : c’est ce que l’on nomme si joliment des « emprunts » linguistiques, l’objet emprunté n’étant pourtant jamais rendu, bien au contraire.

L’étymologie, une science inexacte

Le français à la Renaissance

À partir de la Renaissance, le français s’impose comme langue nationale au détriment des dialectes régionaux. Cette petite révolution linguistique fut initiée en 1539 par le roi François Ier et l’ordonnance de Villers-Cotterêts, un édit ordonnant que les textes liés à l’administration et la justice soient désormais rédigés en français, afin de faciliter leur divulgation et leur compréhension. Le pouvoir assoit ainsi la primauté et l’exclusivité du français comme langue officielle. Cette évolution initiée par l’État trouve écho dans la sphère de la linguistique.

Hiérarchisation des langues

Il existe en effet chez les linguistes de la Renaissance une volonté d’unifier la langue française en en codifiant l’usage. Or, ceci s’accompagne d’une certaine tendance idéologique, celle d’une recherche des origines, du paradis perdu, la langue de Babel, pour ainsi dire. Une tendance qui s’exprime entre autres par la hiérarchisation entre « langues nobles » et « langues barbares », les premières désignant le latin, le grec, et dans une moindre mesure, l’hébreu, les deuxièmes, toutes les autres. Mais dans leur intention d’établir le français comme langue supérieure, il semble que les étymologistes de l’époque se soient aussi évertués à faire disparaître, ou du moins oublier, les racines arabes, turques ou perses de certains mots empruntés à ces langues. Ce qui explique peut-être que ces racines soient si peu connues et identifiables aujourd’hui, alors qu’on estime à près de trois cents les mots français d’origine arabe, contre seulement une petite centaine d’origine gauloise.

Travestissements linguistiques

Dans son Dictionnaire des mots français d’origine arabe, Salah Guemriche recense trois techniques de récupération étymologique : le contournement, le détournement et l’occultation. Ces procédés ont permis de faire disparaître (avec plus ou moins de bonne foi) la racine véritable de certains mots, mais aussi de refouler l’origine orientale des découvertes et expériences transmises par la civilisation islamique à la civilisation européenne au cours des siècles… une bonne raison de vouloir redécouvrir l’étymologie des termes en question.

Les dix mots qui suivent sont d’origine arabe ou perse, et issus aussi bien du vocabulaire savant que courant. Si leur provenance semble parfois évidente, certains sont plutôt surprenants.


Arobase – الرّبْع



Le nom d’« arobase » nous vient originellement de l’arabe الرّبْع, al-rub’, « le quart », une mesure de poids équivalente à environ 12 kg. Le mot français est lui-même issu du castillan arroba, francisé en « arobase ». Dès le XVIe siècle, la mesure était transcrite par le signe que l’on connaît et utilise tous aujourd’hui : l’indispensable, l’inévitable @.

Algorithme – الخوارزم




Un miracle que l’algorithme ne se soit pas échoué, au cours de son périple étymologique, dans les eaux grecques sur lesquelles il a parfois vogué… En effet, le Dictionnaire de l’Académie française, en 1835, écrit encore « algorhythme », orthographe qui rappelle bien plus une racine grecque, voire latine, qu’orientale. En réalité, l’ « algorithme » tire son nom du savant perse الخوارزم, Al-Khuwārizmi, auteur de plusieurs ouvrages scientifiques rédigés en langue arabe autour de l’an 800.

Café – قهْوَة




La boisson dans laquelle nous aimons tremper notre tartine de confiture a été découverte en Europe au XVIIe siècle, grâce aux marchands vénitiens. C’est le voyageur Jean de Thévenot qui introduisit la fève de café à Paris en 1657, après qu’elle l’eut été à Marseille quelques années plus tôt, en 1644. Le mot arabe قهْوَة, qahwa, a donné son origine au terme français de « café ». Il rappelle aussi l’appellation familière que nous lui donnons encore aujourd’hui, « caoua ».

Jupe – جُبَّة




Le mot français « jupe » a été repris de l’italien giubba, terme désignant autrefois, dans sa version arabe جُبَّة, jubba ou giubba, une robe ou une toge d’homme. Après être resté longtemps indécis entre l’homme et la femme, le terme choisit enfin son camp et prit officiellement le sens actuel de vêtement féminin, comme l’atteste le Dictionnaire de l’Académie de 1694.

Hasard – الزهر




Une jolie étymologie que celle du mot « hasard » : l’arabe زهر آلنرد, zahr en-narnd, désignait au départ des « dés (à jouer) ». Il semble que le terme arabe pour « hasard » ait lui-même été formé à partir de زهر, zahr, c’est-à-dire « fleur », car la face gagnante du dé était ornée d’une fleur. L’article arabe -al s’est plus tard transformé en -az (espagnol : azar) pour devenir le -has que l’on reconnaît aujourd’hui dans « hasard ».

Tulipe – tülbent




Un intrus s’est glissé dans la liste puisque ce mot n’est pas d’origine arabe, mais persane. Mais dans ce cas, le parcours étymologique justifie bien un écart, car il montre bien à quel point un terme peut, pour les raisons les plus diverses, s’éloigner de sa signification d’origine lorsque se l’approprie une civilisation étrangère. Car cette fleur de printemps que l’on associe si volontiers aux paysages hollandais a en réalité une origine bien plus lointaine. « Tulipe » vient du persan dulband, dulbend ou dulbant, signifiant « turban ». Le terme a ensuite voyagé par la Turquie sous la forme de tülbent. C’est à cause de la ressemblance extérieure entre la tulipe et la coiffe, que ce mot s’est transformé au XVIIe siècle pour devenir un nom de fleur, la tulipe que l’on connaît aujourd’hui en Europe.

Houle – هَوْل




On a attribué et attribue encore à ce terme maritime toutes sortes d’origines : normande, germanique, latine… Il semble en réalité qu’il provienne de l’arabe هَوْل, hawl, mot employé par les marins dans un contexte de navigation difficile, et duquel serait également dérivé le verbe هَوَّلَ, hawwala, « alarmer, menacer, effrayer ».

Zénith – سَمْت




La civilisation islamique a marqué de ses découvertes l’histoire de l’astronomie. C’est ce qui explique que de nombreux termes ayant trait à la science des astres nous viennent de l’arabe. « Zénith », de l’arabe السمت, samt, « le chemin », dans l’expression سمت آلرأس, samt el-ras, signifie littéralement « direction (au-dessus) de la tête ». Le mot français est lui-même issu du latin médiéval zenit (1150), cenith (1184), qui transforme le -m de samt en -ni. En 1740, le -e se coiffe d’un accent et l’orthographe actuelle de « zénith » s’impose définitivement.

Aubère – حُبارَى




J’ai choisi ce mot parce que petite, je l’affectionnais particulièrement, autant que la chose qu’il désigne : un cheval dont la robe est mélangée de poil blanc et de poil alezan. Comme beaucoup de termes relatifs au domaine équestre, « aubère » tire son origine de l’arabe حُبارَى, hubārā, « outarde », et de حِبارْ, hibār, « zébrure bleu (trace de coup) ». Là encore, l’intégration du mot au français s’est faite par l’intermédiaire de l’espagnol hobero, aujourd’hui overo.

Raquette – راحَة




Et maintenant, un peu de sport : le mot arabe qui a donné son nom à la raquette, راحَة, rāhā(t), signifie « paume de la main ». La forme arabe aurait elle-même subi l’influence du terme rusġ, « le poignet ». Par analogie avec le geste de la main, la raquette est ensuite devenue l’instrument sportif préféré des tennismen, mais aussi des amateurs de randonnées hivernales.

Illustrations de Louise Mézel

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