Parlez une langue comme vous en avez toujours rêvé

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7 expressions françaises qui nous viennent directement des jeux et du sport

La langue française est truffée de vocabulaire directement hérité des loisirs auxquels nos parents, nos ancêtres et nous-mêmes nous adonnons depuis des lustres. Voici une sélection de 7 expressions du quotidien dont l'origine est parfois… surprenante.

J’ai une confidence à vous faire : je fais partie de ceux qui considèrent que le confort est indispensable au jeu de cartes. D’abord parce que c’est le meilleur moyen de survivre aux dimanches pluvieux d’automne. Ensuite parce que ça adoucit la peine… voir ses atouts tomber les uns après les autres en espérant repousser l’inexorable – tout le monde a le droit de rêver – n’a franchement rien de divertissant.

Quitte à se coltiner des furieux de la belote, autant être confortablement installé. Et inutile de compter sur la clémence de l’adversaire, toujours prêt à vous infliger l’humiliation suprême, le châtiment ultime, l’estocade finale : la “dix de der". Rebelote, encore 20 points dans la musette. Que voulez-vous, nous ne sommes pas tous des stratèges accomplis.

Vous n’avez jamais joué à la belote ? Pourtant, je suis certain que vous avez compris ce que je viens de décrire. Pas vraiment surprenant ! La langue française est truffée de vocabulaire directement hérité des loisirs auxquels nos parents, nos ancêtres et nous-mêmes nous adonnons depuis des lustres. Rebelote par exemple… c’est un mot qui vous dit quelque chose, non ? En voici l’origine, ainsi que celles de 6 autres expressions que la langue française emprunte au monde du jeu, du sport et du divertissement, et que nous utilisons quotidiennement !

Rebelote

À l’origine : Pour ceux qui auraient sauté le début de cet article, je résume : rebelote fait partie intégrante du vocabulaire de la belote. Au cours de la partie, il s’agit en fait d’annoncer à voix haute la pose successive du roi d’atout (belote), puis celle de la reine (rebelote). La manœuvre rapporte alors au joueur un bonus mérité de 20 points. Bien joué !

Dans le langage courant : Difficile d’associer rebelote à un quelconque loisir ou divertissement. Il s’agit surtout de souligner le caractère redondant, voire lassant d’un événement ou d’une situation. À surtout prononcer en laiiisssssaaaant traaaaiiiineeer les syllabes pour signifier son agacement.

Jouer cartes sur table

À l’origine : L’expression fait évidemment référence aux jeux de cartes où il est indispensable de cacher le plus longtemps sa main à ses adversaires, comme au poker par exemple. Dévoiler sa main peut être une stratégie déstabilisante pour les autres joueurs, mais la technique n’est pas sans risques. Jouer cartes sur table, c’est souvent jouer son “va-tout", “faire tapis", “tenter le tout pour le tout"… bref, c’est le YOLO du jeu de cartes.

Dans le langage courant : Jouer cartes sur table, c’est avant tout promettre de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, promis juré. Couramment utilisée dans les sphères intellectuelles pour prendre le contrepied de la “langue de bois", l’expression semble avoir été popularisée par l’émission politique majeure des années 70 qui porte le même nom.

Être sous la coupe de quelqu’un

À l’origine : « Alors, cette coupe, je vous la fais comment ? Plutôt carré plongeant ou coupe au bol ? » Vous ne le savez peut-être pas, mais au XVIIIe siècle la coiffure était considérée comme une discipline sporti… non, je plaisante ! L’expression être sous la coupe fait tout simplement référence aux jeux de cartes, et plus particulièrement à cette étrange pratique qui consiste à diviser arbitrairement le paquet de cartes en deux tas : la coupe. De quoi nourrir les craintes du joueur placé à côté du “coupeur", qui de fait est le premier à subir les conséquences de ce geste.

Dans le langage courant : l’expression évoque aujourd’hui un rapport de domination unilatérale. Être sous la coupe de quelqu’un, c’est subir son joug, être sous son emprise. On peut être sous la coupe d’une personne (un dictateur, un gourou, un mentor) voire d’une entité, par exemple un régime autoritaire. Tout l’inverse de Chuck Norris, que personne n’a encore réussi à placer sous sa coupe. D’ailleurs, c’est la coupe qui est sous Chuck Norris.

Peloter

À l’origine : Sport national pendant plusieurs siècles, le jeu de paume est également un grand pourvoyeur d’expressions encore usitées de nos jours. Parmi elles, peloter fait référence à une pratique très relax de l’ancêtre du tennis : il s’agissait pour les deux joueurs de se renvoyer la balle, la pelote, sans enjeu particulier. Un peu comme lorsque vous faites une partie de ping-pong avec votre patron en faisant exprès d’y aller mollo.

Dans le langage courant : Si l’expression peloter est aujourd’hui connue d’à peu près tout le monde, ce n’est pas exactement pour de bonnes raisons. Rappelons donc simplement que le jeu de paume se jouait avec la main…

Foncer bille en tête

À l’origine : Si les origines de cette expression sont assez floues, on évoque fréquemment le monde du billard comme point de départ. Ainsi, frapper bille en tête désignerait une manière d’envoyer un coup franc et déterminé à la boule la plus proche. À prendre au conditionnel donc.

Dans le langage courant : Tout droit venu de l’argot populaire du paname des années 30, foncer bille en tête signifie “foncer la tête (= la bille) la première (= en tête)". En général, c’est le meilleur moyen de “se r’trouver avec les châsses bordés d’anchois", ou même pire : “d’aller charmer les asticots".

Tirer son épingle du jeu

À l’origine : « Faisant fi du forcible empaistrement du gieu atriqué comme d’acostumement par sa drut Anne de Beaujeu, la gente Diane de Poistier en eut amanievement esduit son épingle. »*
* « Faisant fi de la forte difficulté du jeu préparé comme d’habitude par son amie Anne de Beaujeu, Diane de Poitiers en eut habilement tiré son épingle ».

Comme le suggère cette tentative d’ancien français, l’expression tirer son épingle du jeu nous viendrait en effet d’un jeu d’adresse très apprécié des jeunes filles au XVe siècle. Il s’agissait de tracer un cercle au sol, d’y mélanger un tas d’épingles que l’on devait “tirer" du cercle à coup de pierres. On imagine volontiers quelque chose entre le chamboule-tout et le mikado.

Dans le langage courant : « Malgré la débâcle collective du PSG, le jeune attaquant Kylian Mbappé a su tirer son épingle du jeu. » En d’autres termes, il a su se montrer à son avantage alors que la situation était compliquée. Mais on ne va pas en faire toute une histoire, ce n’est que du foot.

Damer le pion

À l’origine : Dame, pion… vous voyez ? Bravo ! L’expression nous vient tout droit du jeu de dames, dont le but est d’évincer du damier tous les pions de son adversaire. La manœuvre ultime consiste alors à damer ses pions, c’est-à-dire transformer ses propres pions en dames en atteignant le camp de l’adversaire… imparable !

Dans le langage courant : Les Français sont connus pour avoir un avis sur tout, qu’il s’agisse de politique, de sport, d’art moderne, de gastronomie moléculaire, du nouveau voisin du troisième étage droite ou de la météo qui, décidément, a vraiment été décevante ces derniers temps. Mais c’est seulement lorsque le débat s’anime que les premiers signes de mauvaise foi apparaissent. Il s’agit alors de damer le pion à son contradicteur, c’est-à-dire de le déstabiliser coûte que coûte. Le sport national par excellence !

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