Parlez une langue comme vous en avez toujours rêvé

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Faites un essai ! La première leçon est offerte.

Connaissez-vous l'origine de ces 8 mots ?

L'étymologie, science de l'histoire des mots, nous permet de plonger dans l'évolution des langues, d'en découvrir les particularités et les ressemblances avec d'autres. Elle est fascinante et aide à la mémorisation des mots. Voici 8 exemples d'origines pour le moins inattendues !

Illustrations de Raul Soria

L’étymologie correspond à l’étude de l’origine des mots et de l’évolution de leur sens à travers le temps. Prenons par exemple le mot étymologie. Il dérive du grec etumos, qui signifie « vrai » ; etumologia était le nom donné à l’étude du vrai. Puis sa forme a évolué pour devenir, en vieux français, ethimologie. Si cette trajectoire historique est simple à retracer, il existe des mots aux origines insoupçonnées, dont voici quelques exemples.

1. Avocat (origine : nahuatal)

Le mot avocat vient de l’espagnol aguacate, qui lui-même vient du nahuatal ahuacatl, qui signifie « testicule ». Surprenant ? Peut-être, mais en y regardant de plus près, la ressemblance entre le fruit et les parties sensibles de l’homme est assez frappante, surtout quand on imagine deux avocats suspendus, se côtoyant sur leur branche…

Le nahuatal est une langue de la famille uto-aztèque encore parlée par environ 1,5 million de personnes en Amérique centrale. Avocat n’est d’ailleurs pas le seul nom adopté du nahuatal : chili, chocolat, tomate, guacamole… font aussi partie de la liste. Mole, dans « guacamole », est dérivé de molli, « sauce ». C’est d’ailleurs certainement une chance que l’origine métaphorique du mot avocat ait été oubliée à son arrivée en Europe, sans quoi le délicieux apéritif ne serait peut-être pas devenu si populaire !



2. Capuccino (origine : italien/allemand)

« – Deux cappuccinos, s’il vous plaît.
Vous voulez dire cappuccini, je présume ? Surveillez vos pluriels en italien, je vous prie. Et puis de toute façon, il est 16h, c’est bien trop tard pour un cappuccino. Commandez donc un espresso. Et avec le sourire, ce serait mieux. »

Recevoir sa dose de caféine sans prendre de réflexion désobligeante sur son manque de respect des us et coutumes locales est devenu chose difficile. Mais la prochaine fois, vous pourrez toujours répliquer avec cette charmante anecdote sur l’origine du mot cappuccino. Cappuccino est le diminutif de cappuccio, le « capuchon » en italien. Vous vous demandez quel peut bien être le lien entre un capuchon et une tasse de café ? Rien de moins que les frères capucins, un ordre catholique dont les membres portaient un habit doté d’une capuche et de couleur brun sombre, similaire à celle de la délicieuse boisson italienne.

La première utilisation du mot cappuccino remonte à 1790. À Vienne, porte d’entrée du café en Europe, un dénommé Wilhelm Tissot concocta la recette du Kapuzinerkaffee (littéralement « café des capucins »), assez différente de celle de la boisson qu’on connaît aujourd’hui puisqu’il était composé de sucre, de crème et de jaune d’œuf. Si le cappuccino moderne se prépare la plupart du temps avec un espresso et de la mousse de lait, il existe encore des endroits à Vienne où l’on peut déguster un bon Kapuziner à l’ancienne.



3. Désastre (origine : italien/grec)

L’origine du mot désastre est à chercher dans le grec et l’italien anciens. Le préfixe péjoratif -dis couplé à aster (« étoile ») peut être interprété dans le sens de « mauvaise étoile », soit un évènement de mauvaise augure. La Grèce antique était fascinée par l’astrologie et le cosmos, et croyait fermement à l’influence des corps célestes sur la vie terrestre. Pour eux, un désastre était un cas spécial de calamité, dont les causes pouvaient être attribuées à l’alignement défavorable des planètes. Aujourd’hui, on définit désastre comme une catastrophe d’origine humaine ou naturelle.



4. Handicap (origine : anglais)

Ce mot tire son origine d’un jeu d’échange anglais datant du XVIIè siècle, le hand-in-cap. Ce jeu se déroulait entre trois personnes, deux joueurs et un arbitre. Chacun des joueurs présentait un objet lui appartenant, et qu’il souhaitait échanger. L’arbitre devait ensuite décider si les deux objets étaient de valeur égale et, dans le cas contraire, estimer le montant de la différence. Le propriétaire de l’objet de moindre valeur devait compléter l’écart en monnaie réelle, puis chacun versait le montant fixé dans un chapeau. Si les deux joueurs étaient d’accord avec l’estimation de l’arbitre, ils ressortaient la main en montrant leur paume ; s’ils n’étaient pas d’accord, ils gardaient le poing fermé. En cas de décision identique, l’arbitre récupérait la mise. Dans le cas contraire, celui des joueurs qui avait approuvé l’estimation de l’arbitre remportait la mise.

Avec le temps, hand-in-cap se contracta en handicap et commença à désigner plus largement toute forme de compensation ou de rééquilibrage dans une compétition. Le terme est encore utilisé dans certains sports aujourd’hui, comme par exemple le golf ou l’équitation. L’équitation est d’ailleurs probablement le premier sport à l’avoir utilisé dans son sens actuel. Dans ce cas, handicap désignait le fait, pour un arbitre, de lester un cheval d’un poids supplémentaire afin qu’il soit à égalité avec les chevaux concurrents de la compétition. C’est au XXème siècle que le mot handicap a commencé à être utilisé avec cette acception mais dans un contexte plus général, pour exprimer l’idée d’être lesté, intentionnellement désavantagé puis pour qualifier les personnes souffrant d’un handicap physique ou mental.



5. Jeans (origine : italien/français)

Y a-t-il quelque chose qui évoque mieux l’Amérique que le légendaire jeans denim ? Et pourtant, le nom de ce vêtement si populaire et dont l’invention est communément attribuée à Jacob W. Davis et Levi Strauss nous vient en réalité de l’autre côté de l’Atlantique. Les usines dans lesquelles Strauss faisait fabriquer en masse ses pantalons étaient situées à Gênes, en Italie, et à Nîmes. Il est très probable que le mot jeans soit en fait une anglicisation de « Gênes », ville d’où venait la matière première. Denim serait quant à lui la contraction de « de Nîmes ». Alors qu’on parle aujourd’hui souvent de jeans denim, les deux différaient à l’époque par la matière utilisée. Le denim était d’un tissu plus grossier, plus durable et de meilleure qualité que le jeans en velours côtelé fabriqué à Gênes. Celui-ci était porté par les travailleurs du Nord de l’Italie dès le XVIIème siècle, bien avant d’être adopté par la scène underground d’après-guerre aux États-Unis, qui en fit cet article de mode indémodable qu’on connaît tous aujourd’hui.



6. Salaire (origine : latin)

Le mot salaire vient du latin salarium, ration de sel versée aux soldats romains en guise de paiement.

Dans les temps anciens, le sel était souvent utilisé comme monnaie, au point qu’il était parfois désigné sous le nom d’or blanc. On l’utilisait afin de désinfecter les plaies (on reconnaît d’ailleurs la consonance, dans les langues latines, avec salute/saude/salud, « santé »), de conserver la nourriture, et enfin, comme méthode de paiement en Grèce et en Rome antiques.

Déjà à l’époque des pyramides, les paysans égyptiens étaient rémunérés en rations de sel, ce qui leur permettait de conserver leur nourriture (et leur évitait de dépenser des sommes faramineuses dans ces gadgets coûteux que sont le frigidaire et le congélateur…). L’Empire romain perpétua cette pratique avec ses soldats et lui donna le nom de salaire, solde qui était versée à chaque fin de mois.



7. Trivial (origine : latin)

Le mot est issu du latin trivium, qui désigne l’endroit où trois rues se rencontrent (de tri-, « trois », et -vium, via, « la route »). Trivium pris peu à peu le sens de lieu de réunion ouvert, une sorte d’agora miniature où les gens pouvaient se reposer, discuter et se rencontrer. L’adjectif dérivé trivialis en vint à signifier « vulgaire, ordinaire, de peu d’importance, commun » et « contemporain », soit l’acception qu’on attribue aujourd’hui à trivial.



8. Whisky (origine : gaélique)

Les moines du Moyen-Âge l’appelaient aqua vita, littéralement « eau de vie ». L’expression a ensuite évolué pour devenir uisce beatha en gaélique. Au cours de son anglicisation, le mot est passé petit à petit de uisce à uige, usque puis uisky, qui évoque fortement le whisky moderne. Avez-vous déjà remarqué qu’on peut écrire ce mot de deux façons, whisky et whiskey ? Certains croient savoir qu’il s’agissait, dans ce -e rajouté, d’une marque de noblesse introduite par les Irlandais et les Américains afin de différencier leur breuvage de leur cousin écossais, alors de moindre qualité.

En Amérique latine, pour faire sourire quelqu’un lorsqu’on le prend en photo, le cri de guerre n’est pas « ouistiti » mais « whisky »… Mais c’est encore une autre histoire.



Pourquoi s’intéresser à l’étymologie ?

L’étymologie nous plonge dans l’histoire de notre propre langue maternelle et permet de mieux en comprendre les particularités. Auriez-vous imaginé, avant de lire cet article, pouvoir attribuer une origine aussi exotique et comique au mot avocat ? Quelques-unes sont particulièrement singulières et donnent naissance à de charmantes anecdotes, ce qui est toujours utile pour la mémorisation. Mais l’étymologie aide également à faire le lien entre les langues en remontant à leurs racines communes. Le cheminement de certains mots symbolise bien la mise en place de règles communes à plusieurs langues. Prenez le cas des préfixes latins -con et -dis, qui, dans les langues romanes, marquent respectivement l’appartenance, la réunion, la séparation et la négation. Ce genre de connaissances aide à déchiffrer le sens d’un terme, comme par exemple « concubin » ou « disloquer ». Alors n’hésitez plus, libérez l’aventurier de l’histoire, l’archéologue des langues, le déchiffreur de signes qui se cache en vous !

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