Parlez une langue comme vous en avez toujours rêvé

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Faites un essai ! La première leçon est offerte.

7 habitudes que vous allez prendre si vous vous exilez en Allemagne

Quelques années passées en Allemagne ont suffit à me faire prendre de nouvelles habitudes, typiquement germaniques. En voici 7 : certaines sont louables, d'autres moins avouables. Mais toutes sont susceptibles de déteindre sur n'importe qui qui déciderait de s'installer à l'est du Rhin.

Personnellement, j’ai toujours adoré l’expression anglaise embracing a new culture, « embrasser une nouvelle culture ». Elle a quelque chose de paisible, de rassurant ; cela me rappelle le moment où j’ai choisi de partir vivre en Allemagne, m’imaginant tel le pendant moderne de Pocahontas, fin prêt à m’imprégner des coutumes germaniques, à m’immerger dans cette culture étrangère.

J’ai vite compris que si Pocahontas avait était au courant pour les armes, les dindes fourrées aux marrons et autres Zooey Deschanel, elle se serait sûrement épargnée certains couplets pour les remplacer par des plaintes déchirantes. J’ai aussi réalisé que la sensation que l’on peut parfois avoir est moins celle d’embrasser une culture que de s’en sentir prisonnier.

Tout le monde dit que Berlin n’est pas l’Allemagne – mais certaines choses y ressemblent à s’y méprendre. À commencer par ces petites habitudes franchement agaçantes, mais que j’ai si bien su repérer que j’ai fini par les adopter. Et croyez-moi : si un jour vous partez vivre en Allemagne, il risque de vous arriver la même chose.

1. Déposer ses bouteilles sur le trottoir


Mon éducation a fait de moi une machine à recycler parfaitement huilée ; la seule idée de salir les trottoirs suffit à me donner des cauchemars. Seulement en Allemagne, bouteille vide ne rime pas avec déchet, mais avec argent. Quand vous rapportez vos bouteilles au supermarché, vous récupérez une consigne (jusqu’à 50 centimes sur certaines bouteilles) que vous pouvez ensuite réinvestir intelligemment dans un achat parfaitement inutile, type le-balais-brosse-dont-je-n’ai-pas-besoin-mais-qui-est-en-promo. À Berlin les gens fauchés sont légion. On comprend donc vite que laisser ses bouteilles vides sur le trottoir, c’est un peu comme faire livrer anonymement une tonne de donuts dans un camp d’obèses. Vous déposez la bouteille par terre, vous vous retournez vers votre ami pour décider dans quelle boîte vous allez continuer la soirée, et paf !, plus de bouteille. Non seulement vous avez bonne conscience d’avoir aidé une personne dans le besoin, mais en plus, ça vous évite d’ajouter un énième cadavre à votre collection personnelle. D’un côté, le fait d’être à quelques Club Mate de pouvoir me payer une voiture me remplit d’orgueuil ; d’un autre côté, je peux à peine distinguer le bout du couloir en rentrant chez moi, et je n’ai désormais qu’un seul espoir : que l’équipe de Hoarding: buried alive me retrouve avant qu’il ne soit trop tard.

2. Faire pipi assis



Jamais je n’oublierai mon premier jour à Berlin, quand mon coloc, un type apparemment sympa et bien dans ses baskets, m’a pris à part en me disant : « Il faut qu’on parle ». À son visage grave et au ton de sa voix, j’ai tout de suite deviné qu’il se passait quelque chose de sérieux. Je le voyais déjà m’annoncer sa mort prochaine, me demander de transmettre la terrible nouvelle à ses parents parce qu’il n’avait pas le courage de le faire, et d’organiser la cérémonie funéraire – en prenant soin de trouver le bon compromis entre les chansons enregistrées sur son iPod et une musique suffisamment adaptée aux tristes circonstances. Au lieu de cela, j’ai eu droit à un :

« La prochaine fois que tu vas aux toilettes, penses à t’asseoir. »

En tant que membre de la gente masculine, j’admets que le sujet est loin d’être futile. Mais le ton exagérément solennel avec lequel cette requête était formulée reflétait plus généralement l’importance presque vitale que la question semblait revêtir aux yeux de mon coloc et à ceux, j’imagine, de ses compatriotes. J’ai donc obéi. À lui, et à tous les autres – résistant de toutes mes forces à la tentation de faire pipi debout, parce que OH MON DIEU QUE SE PASSERAIT-IL S’ILS M’ENTENDAIENT ? Et s’ils pouvaient reconnaître la différence entre un jet assis et un jet debout, et allaient me dénoncer à la police !?! Je suis sûr qu’un jour, les Allemands perdront leur faculté à uriner debout, tout comme les baleines ont perdu leurs jambes.

3. Dormir par terre


Avant de venir ici, je n’aurais jamais osé imaginer qu’il pouvait exister, en Europe occidentale, des gens dormant sur un matelas à même le sol. En fait, je pensais même que cela n’existait que dans les romans de Charles Dickens. Je comprends que beaucoup, sur cette planète, ne considèrent pas le lit comme produit de première nécessité. Mais ceux qui peuvent se le permettre ? Pourquoi choisir de dormir à même le sol ?! Certains affirment que c’est bon pour le dos, d’autres le font pour se donner un air vaguement hippie… Quant à moi, j’ai simplement fini par trouver ça normal. Mais ce dont je suis sûr, c’est que si jamais ma mère, une Italienne pure et dure, découvrait un jour que son fils dort depuis plus d’un an le nez dans la poussière, elle ferait une crise cardiaque.

4. Maudire les transports en commun


Les transports en commun, c’est connu, ne sont pas le fort des Italiens. Il fût un temps où ça me tapait sur les nerfs. Mais l’accumulation des heures de retard, les innombrables annulations de trains, l’inutilité avérée des tableaux horaires et les vagues excuses tournant en boucle dans les halls de gare, ont fini par avoir raison de ma lassitude qui a fait place à un état de zénitude quasi bouddhique. En Allemagne au contraire, les transports en commun, c’est du solide. Les trains ont l’air propre, sentent a peu près bon et sont, la plupart du temps, ponctuels. À tel point que le moindre retard peut littéralement rendre les gens fous. Au début, je me moquais d’eux. Mais après deux ans, j’ai fini par basculer du côté obscur. Il m’arrive parfois d’entrer dans des états physiques, émotionnels et mentaux proches de la transe – ce qui se manifeste par les symptômes suivants :

  • 1ère minute de retard : je remarque qu’il y a quelque chose qui cloche et jette un œil sur ma montre.
  • 2ème minute : je commence à taper nerveusement du pied.
  • 3ème minute : je n’arrive plus à me concentrer sur mon journal ou mon Smartphone et ne peux m’empêcher de penser au précieux temps perdu.
  • 4ème minute : je poursuis mentalement la BVG (compagnie de transport publics berlinois) en justice, déroulant dans ma tête tout le procès, du dépôt de plainte au verdict – en ma faveur bien entendu.
  • 5ème minute : trop tard : j’entends la petite voix qui monte des profondeurs et m’assène en allemand les mots suivants :TUE TUE TUE. Je suis prêt au carnage.


5. Frotter, lustrer


Les Italiens sont connus pour leur gestuelle expressive. Cette caractéristique nous rend non seulement imbattables aux charades, mais elle nous confère aussi la faculté de deviner le sens de n’importe quel geste, rictus ou tic facial de la personne en face de nous.
C’est du moins ce que je croyais. Car les Allemands, eux, ont un geste étrange, qui est longtemps resté une énigme pour l’incollable décodeur que je suis normalement, quelque chose ressemblant vaguement au « frotter, lustrer » de Karate Kid, mais devant le visage. La première fois que j’ai vu ça, j’ai pensé à différentes interprétations possibles :

  • Va mettre une cagoule.
  • J’ai urgemment besoin d’un peeling facial.
  • Donne-moi une minute que je me lise les lignes de la main, je te donne la réponse ensuite.

En réalité, rien de tout ça. En fait, cet étrange mouvement signifie simplement « tu (ou il) es fou ». Si je ne suis toujours pas certain d’avoir bien compris la logique du geste, ce qui est sûr, c’est que je le maîtrise maintenant parfaitement.

6. Toujours avoir du liquide sur soi


Vivre dans une société ultra-développée comporte des inconvénients indéniables, comme ne pas pouvoir sortir en pyjama ou ne pas se sentir libre de pleurer après avoir lu sur le panneau d’affichage que le métro allait changer de direction. En revanche, on peut facilement dresser une liste d’avantages tels que la liberté d’expression, les droits de l’homme, ou encore, le fait que les guichets automatiques et machines à carte bancaire facilitent considérablement les échanges commerciaux entre citoyens.
Malgré toute l’affection que je porte à la culture du troc, je suis conscient du confort qu’il y a à pouvoir se rendre au centre commercial sans trimbaler des lingots d’or ou tirer ses vaches derrière soi. Chaque fois que j’utilise ma carte de crédit, je suis frappé par la magie de ce petit bout de rectangle en plastique, qui permet à son détenteur d’acheter à peu près n’importe quoi, n’importe quand, n’importe où. N’importe où, sauf en Allemagne.
Ici, il semble que les cartes de débit et de crédit, délivrées par les banques au compte-gouttes, fassent partie de la catégorie « objets rares ». Essayer de payer par carte dans un bar, un café ou un restaurant, c’est un peu comme faire un échange de cartes Pokémon (en moins mignon), et la plupart du temps, la carte bancaire perd la partie.

Morale de l’histoire : en Allemagne, ayez toujours du cash sur vous. C’est un peu perturbant au début, mais on s’y fait vite. Quand vous aurez sorti trois ou quatre fois votre liasse de billets au restaurant pour régler l’addition, vous finirez par ne plus avoir l’impression d’être un braqueur de banque en pause déjeuner – promis.

7. Le thermomètre, c’est du toc


Dans ma naïveté toute italienne, j’ai toujours cru que le thermomètre était un moyen sûr et objectif d’évaluer la météo, et un indicateur fiable pour choisir ma tenue vestimentaire le matin. Mais en Allemagne, où le temps est quelque chose de purement subjectif, ces données scientifiques perdent toute valeur, supplantées par deux règles qu’il vous faudra désormais intégrer afin de faire bon usage de la météo et d’en tirer les conséquences nécessaires.

Règle n°1 : s’il fait beau, il faut chaud

Y a-t-il rien de plus beau que d’être réveillé le matin par les rayons du soleil perçant à travers les rideaux et vous éclaboussant le visage ? La seule chose à faire dans ce cas, c’est d’enfiler un short et un t-shirt, sauter dans sa paire de sandales et sortir prendre un grand bol d’air frais. Peu importe que l’on soit mi-janvier, que vos lèvres virent au même bleu que le ciel et que vos dents jouent des castagnettes. Il fait beau, donc il fait chaud.

Règle n°2 : c’est l’été, il fait beau

Allemagne, 21 juin. Un terrible cyclone ravage les rues, décime la ville, provoque partout des inondations. Néanmoins, l’option de fermer les fenêtres ne semble, chez vos collègues germaniques, pas même digne de discussion. L’eau s’engouffre dans la pièce, on se croirait presque dans cette scène de Titanic dans laquelle Leonardo di Caprio, menotté à un poteau, est tout prêt de mourir noyé. Mais tout va bien : c’est l’été, donc il fait chaud.

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