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De l’appropriation de la langue: 3 exemples québécois

Dans un contexte nord-américain où l’anglais est la langue principale, les Québécois francophones ont développé différentes stratégies pour s’approprier leur langue. Or, ces stratégies sont-elles utilisées et acceptées par tous?
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De l’appropriation de la langue: 3 exemples québécois

Illustrations de Louise Plantin

Apprendre une nouvelle langue, c’est aussi être en contact avec une nouvelle culture. En effet, langue et culture sont indissociables l’une de l’autre, surtout lorsqu’il s’agit de décrire une réalité qui ne peut être traduite dans une autre langue. Il n’y a par exemple pas forcément de mot pour désigner la neige dans un pays où le froid n’existe pas.

Pour les Québécois francophones, l’anglais peut représenter une menace pour leur langue, surtout avec l’influence de nos voisins américains dans la culture populaire. Bref, comment les Québécois protègent-ils la langue française? En se l’appropriant et en prônant l’utilisation des mots français en lieu et place de leurs équivalents anglais, entre autres. Dans le sillage de la Révolution tranquille des années 60, les Québécois ont tenté de redéfinir leur identité nationale par l’adoption de lois, notamment celle de la Charte de la langue française (ou loi 101) de 1977, qui encourage l’usage de la langue de Molière.

Bien entendu, s’approprier une langue n’est pas seulement un acte politique ; c’est aussi une démarche sociale. Voici trois exemples qui illustrent l’appropriation du français par les Québécois, ainsi que les répercussions dans l’usage courant de la langue française.

Les néologismes québécois

« Un néologisme est un mot nouveau, par la forme ou par le sens. » Cette définition, donnée par l’Office québécois de la langue française (OQLF), rappelle le double besoin de créer des mots dans une langue qui est la nôtre et qui correspondent aux nouvelles réalités, par exemple dans le domaine des réseaux sociaux. Les terminologues de l’OQLF doivent cependant faire vite : plus des termes comme « selfie », « hashtag » ou « podcast » sont utilisés quotidiennement, plus il devient difficile de les remplacer par « égoportrait », « mot-clic » ou « baladodiffusion ». Parfois, des propositions comme « courriel » (pour remplacer « email ») font une percée ; mais d’autres sont critiquées par le public, comme le démontre cet extrait d’un article de L’actualité :

« Ayatollahs », « police des mots », « pelleteux de nuages » : les internautes ne ménagent pas les quolibets quand une recommandation ne fait pas leur affaire. « La nouveauté rebute, souligne Denis Juneau, linguiste à l’OQLF. Je me souviens de l’époque où “logiciel” paraissait curieux. Les gens préféraient software. »

Un exemple plus récent de cette critique des néologismes? En 2016, un article du magazine VICE se positionne sur l’utilisation de termes d’origine étrangère et ceux proposés par l’OQLF :

« Si la majorité des francophones du Québec rejette des mots inventés, ils n’ont pas d’existence dans la réalité, et VICE ne les emploie pas. Si la majorité adopte des mots étrangers, attestés dans un dictionnaire ou non, jugés bons ou mauvais par l’OQLF, VICE les emploie, car ces mots existent de facto dans la langue d’ici. »

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L’invention d’un dictionnaire québécois

Cela fait un moment que les dictionnaires Larousse et Robert ajoutent des mots en provenance du Québec, comme « douillette » (couverture rembourrée recouvrant le lit) ou « gougounes » (chaussures de plage) en 2018. Cependant, les mots utilisés pour décrire le vocabulaire viennent d’un français européen, et non d’un français québécois. Comme je l’avais mentionné dans un de mes précédents articles, l’un n’est pas supérieur à l’autre : ils sont simplement différents.

C’est notamment pour tenir compte du contexte québécois et nord-américain qu’Usito est né. Ce dictionnaire, disponible en ligne via un abonnement, a ainsi pour objectif de faire une plus grande place au français québécois, mais aussi à celui du Manitoba, de la Louisiane et de l’Acadie.

S’il est difficile de déterminer la popularité d’Usito auprès des Québécois, il a néanmoins été implanté avec succès dans le milieu scolaire. Depuis son lancement en avril 2013, « plus de 820 000 licences d’abonnement actives » se sont retrouvées dans les écoles, et ce, en un peu plus de deux ans.

Le doublage québécois

Imaginez le scénario suivant : vous avez acheté votre billet pour la version française du film que vous attendiez avec impatience. Cependant, cette version est touffue d’expressions et de mots que vous ne comprenez pas. Pour être honnête, je ressens cette frustration lorsque je tombe sur un doublage français rempli d’argot parisien. Quant au doublage québécois, celui-ci, en général, se rapproche davantage d’un français international, avec le retrait de l’accent et des régionalismes québécois.

Pourtant, l’accent québécois, voire le doublage en joual (notre argot québécois), a déjà été utilisé dans les doublages. Je pense entre autres au doublage en joual du film sportif Slap Shot, qui l’a rendu culte aux yeux des Québécois.

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Or, pendant les années 1990, le joual a progressivement disparu des salles de cinéma, d’autant plus que ce type de doublage convenait davantage aux comédies. Néanmoins, que l’accent soit purement québécois ou international, certaines personnes peuvent être agacées par la performance des doubleurs, comme l’indique ce témoignage :

« Le cercle fermé des acteurs-doubleurs y est par trop restreint. Un doublage digne de ce nom doit passer inaperçu. Or, si on devine l’acteur québécois derrière l’acteur étranger, le charme est rompu. Le Québec compte 8 millions d’habitants et la France 66 millions ; je n’ai pas besoin de faire un dessin. »

Il existe plusieurs méthodes pour s’approprier une langue. Encore faut-il qu’elles soient acceptées par une majorité de personnes pour que les mots suggérés intègrent notre quotidien. À cet effet, les médias ont un rôle à jouer : selon cet article du linguiste Wim Reymsen, « [l]a langue utilisée sur les ondes de la radio et de la télévision publiques au Québec […] est généralement reconnue comme un modèle à suivre lorsqu’on veut “soigner” son français ». Je pense pour ma part que l’utilisation d’un anglicisme ou d’un terme inventé par l’OQLF ajoute une diversité salutaire à la langue française, qu’en pensez-vous?

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