Notre guide des langues austronésiennes

La famille austronésienne recense 1 200 langues et 300 millions de locuteurs. Entre morcellement linguistiques dans les îles du Pacifique et dangers d’extinction, portrait d’une « superfamille » de langues pas comme les autres !
Linguistique rime avec exotique. De l’Indonésie aux Philippines en passant par Madagascar, les langues austronésiennes vont vous le prouver !

On estime qu’il existe environ 1 200 langues austronésiennes. Après les 1 500 langues nigéro-congolaises, il s’agit d’ailleurs de la deuxième plus grande famille de langues au monde. Soit une langue sur cinq au niveau mondial. Mais avec un peu moins de 300 millions de locuteurs natifs, presque autant que l’arabe à lui seul, le constat est surtout celui d’une famille très éparpillée et fragmentée.

Où parle-t-on les langues austronésiennes ?

En Austronésie, pardi ! Mais encore ? L’Austronésie est une région très vaste qui va de la Micronésie à la Polynésie en passant par l’Indonésie, les Phillipines et Madagascar. D’un point de vue géographique, aucune autre famille linguistique n’est aussi étendue à part les langues indo-européennes.

Les langues austronésiennes en Indonésie

Les langues austronésiennes seraient nées en Asie de l’Est, il y a plusieurs milliers d’années. Plus exactement à Taïwan, île à l’origine des langues formosanes. Un groupe linguistique archaïque lui-même à l’origine du reste des langues austronésiennes. L’hypothèse retenue aujourd’hui par un grand nombre de linguistes est celle d’une diffusion par vagues, à travers les mers et océans. Ce qui explique la large présence de cette famille dans le sud-est asiatique, l’océan Indien et l’océan Pacifique.

C’est à 3 000 kilomètres au sud de Taipei que l’on trouve aujourd’hui la plus forte concentration de langues austronésiennes. Les milliers d’îles de l’Indonésie regroupent la plupart des langues majeures de cette famille, à savoir :

  • L’indonésien
  • Le javanais
  • Le soundanais
  • Le madurais
  • Le minangkabau
  • Le balinais
  • Le banjar
  • Les langues batak

Au total, ces 8 langues rassemblent environ 180 millions de locuteurs. Les 120 autres millions de locuteurs natifs se partagent donc près de 1 200 langues ! Notons que si l’indonésien « ne compte que » 40 millions de locuteurs natifs, plus de 150 millions d’Indonésiens la maîtrisent en tant que seconde langue.

Les langues austronésiennes aux Philippines

En tant que foyer de langues austronésiennes, les Philippines est un archipel aussi riche que l’Indonésie. Le philippin (ou filipino), langue standardisée basée sur le tagalog, est l’une des deux langues officielles du pays avec l’anglais. Langue maternelle d’environ 20 millions de Philippins, elle serait parlée par un total de 70 à 90 millions de locuteurs.

Parmi les autres langues austronésiennes majeures des Philippines, citons :

  • Le cebuano (15 à 20 millions de locuteurs natifs)
  • L’ilocano (8 millions)
  • Le hiligaynon (7 millions)
  • Les langues bicol (4 millions)

Plus des trois quarts des locuteurs natifs de langues austronésiennes se trouvent donc soit en Indonésie soit aux Philippines.

Le saviez-vous ? Des jours de la semaine (Lunes, Martes, Miyerkoles…) aux mois de l’année (Enero, Pebrero, Marzo…), une grande partie du lexique philippin provient de l’espagnol !

Madagascar : autre île, autre langue austronésienne

Les langues austronésiennes semblent définitivement être une affaire d’îles. Situation exceptionnelle en Afrique, le malgache (malagasy), parlé par 20 à 25 millions d’habitants, est apparenté à l’indonésien et au philippin. Morcelé en une vingtaine de dialectes, le malgache est le reflet des nombreuses influences culturelles et historiques de l’île rouge. La langue emprunte ainsi une partie de son vocabulaire aux langues bantoues, en particulier dans le domaine de l’élevage, de l’agriculture et du commerce.

Le morcellement des langues océaniennes

En-dehors des grands espaces linguistiques formés par l’Indonésie, les Philippines et Madagascar, il reste quelques millions de locuteurs répartis parmi plusieurs centaines de langues austronésiennes. Le cas de la famille océanienne est particulièrement intéressant avec environ 500 langues pour seulement 2 à 3 millions de locuteurs. Un grand nombre d’entre elles ne sont pas écrites et sont perpétuées par une tradition orale, vieille de plusieurs siècles.

Les langues polynésiennes

Environ 40 langues polynésiennes sont présentes dans le Pacifique, entre la Nouvelle-Zélande, Hawaï et l’île de Pâques. En Polynésie française, le tahitien, le marquisien et le tuamotu regroupent près de 150 000 locuteurs. Les langues polynésiennes en général rassemblent environ un million de locuteurs. Certaines d’entre elles comptent parmi les langues officielles les moins parlées au monde :

  • Le samoan au Samoa et aux Samoa américaines : 370 000 locuteurs
  • Le tongien aux Tonga : 100 000 locuteurs
  • Le maori de Nouvelle-Zélande : 100 000 locuteurs
  • Le maori des Îles Cook : 20 000 locuteurs
  • Le tuvaluan au Tuvalu : 13 000 locuteurs

Les langues micronésiennes et autres langues océaniennes

Une vingtaine de langues micronésiennes recensent un total de 500 000 locuteurs. Rares sont celles à être parlées par plus de 10 000 personnes : le gilbertin, le marshallais, le chuuk ou encore le pohnpei. Rattaché au groupe des langues du Pacifique central, le fidjien est quant à lui la langue maternelle d’environ 300 000 personnes.

Comme au Vanuatu voisin, la richesse de la Nouvelle-Calédonie repose sur la rareté des langues autochtones.  Les langues kanak sont répertoriées parmi les langues océaniennes du Sud. Aujourd’hui encore, le drehu (15 000 locuteurs), le nengone (8 000 locuteurs), le paicî (6 000 locuteurs), l’ajië (5 0000 locuteurs) et le xârâcùù (5 000 locuteurs) y sont parlés aux côtés du français.

Langues austronésiennes : une classification encore incertaine

Les langues austronésiennes témoignent de quelques difficultés de classification :

– la langue arta, qui ne compterait plus qu’une dizaine de locuteurs natifs aux Philippines, ne semble être liée à aucune autre langue austronésienne ;

– « découverte » en 2008, le nasal, et ses 3 000 locuteurs à Sumatra, serait un isolat parmi le sous-groupe des langues malayo-polynésiennes occidentales ;

– les linguistes ne s’entendent pas sur la catégorisation des langues du Bas-Mamberamo dans la province indonésienne de Papouasie : langues austronésiennes ou langues papoues ?

Les langues altaïques ne sont pas les seules à faire polémique !

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