Quelles langues parle-t-on en Chine ? Notre guide des langues chinoises

Pays gigantesque aux paysages et aux traditions diversifiés, la Chine surprend aussi par la richesse de ses langues, encore méconnues et confondues en Occident. L’heure est venue de découvrir les langues chinoises !
17/11/2020
Quelles langues parle-t-on en Chine ? Notre guide des langues chinoises

Que signifie « parler chinois » ? Plus qu’une langue chinoise, il existe des langues chinoises. Une famille de 200 à 300 langues, en fonction des estimations et des classifications des langues et dialectes, qui rassemble 1,4 milliard de locuteurs… soit une personne sur cinq à l’échelle mondiale !

Suivez-nous jusqu’aux confins de l’Empire du Milieu, un territoire gigantesque fait de rizières, collines, montagnes, lacs, villages traditionnels et grandes villes modernes. Découvrons ensemble ce qui unit (et désunit) les langues chinoises !

Le mandarin : l’unification par la langue

Par abus de langage, on utilise souvent le terme chinois pour désigner le mandarin. Comptant environ un milliard de locuteurs, il s’agit non seulement de la première langue chinoise mais aussi de la première langue mondiale.

À la différence de l’Inde, réputée elle aussi pour son plurilinguisme, la Chine a opté pour une politique d’unification linguistique au XXe siècle. Là où les langues régionales continuent à animer les conversations du sous-continent indien, le mandarin s’est imposé au niveau national en Chine. Le pays ne reconnaît d’ailleurs qu’une seule langue officielle : le mandarin standard. Il s’agit d’une version codifiée du mandarin, lui-même fondé sur le dialecte de Pékin. Le mandarin standard est également l’une des quatre langues officielles de Singapour, aux côtés du malais, du tamoul et de l’anglais. Il fait aussi partie des six seules langues à bénéficier du statut officiel à l’ONU avec l’arabe, l’espagnol, le russe, l’anglais et le français – bien que, dans les faits, seules les deux dernières soient utilisées comme langues de travail.

Il existe plusieurs termes pour se référer au mandarin : (guóyǔ, « langue nationale ») à Taïwan, 普通 (pǔtōnghuà, « langue commune ») en Chine continentale, (hànyǔ, « la langue des Hans ») ou encore 中文 (zhōngwén, « la langue de la Chine »). Pourtant, aucune appellation ne porte la racine mandarin. L’usage du mot mandarin a été popularisé par l’anglais. Si son étymologie reste obscure, l’une des hypothèses avance le sanskrit मन्त्रिन् (mantrin) pour « ministre, conseiller » en référence aux dirigeants des dynasties Ming et Qing. La même racine est à l’origine du mot mantra, également utilisé en français.

Aujourd’hui, 400 millions de Chinois ne parlent pas le mandarin, ce qui représente environ 30 % de la population du pays. Quelles sont donc les autres langues chinoises ? Aventurons-nous un peu plus loin !

Yue, wu, min, xiang… : la grande famille des langues chinoises

Les langues chinoises forment un sous-groupe de la famille des langues sino-tibétaines. Elles dérivent du chinois classique qui a connu son âge d’or du Ve siècle avant J-C. jusqu’au IIe siècle avant d’être valorisé en tant que langue littéraire (文言文, wényánwén). 

Les langues chinoises ont pour principal trait commun d’être toutes des langues tonales. À chaque son est associé un ton (une intonation) qui change la signification du mot. Le mandarin compte quatre tons (plus un ton neutre). Mais le yue, ou cantonais, en compte traditionnellement neuf, qui ont tendance à être regroupés en six tons aujourd’hui. Avec ses 85 millions de locuteurs (langue première et seconde en tenant compte de la diaspora), il s’agit de la deuxième langue chinoise. On la pratique essentiellement à Guangzhou (ville aussi connue sous le nom de Canton en français) et dans la région administrative spéciale de Hong Kong. Les locuteurs du cantonais représentent environ un quart des non-mandarinophones en Chine. Quant au wu, il ne compte que deux tons. Parlé à Shanghai et dans le Zhejiang, il complète le podium des langues chinoises avec 80 millions de locuteurs (soit autant que le coréen).

Les autres principales langues chinoises sont :

– le min (闽语), qui compte 50 à 70 millions de locuteurs, essentiellement dans la province du Fujian. En plus de ne pas être compréhensible des locuteurs du mandarin, le min englobe cinq dialectes (minbei, mindong, minnan, minzhong et puxian) qui ne sont pas non plus mutuellement intelligibles ;

– le hakka (客家话), parlé par environ 50 millions de personnes et qui est aussi l’une des langues officielles de Taïwan ;

– le xiang (语), parlé dans le Sichuan et le Hunan par au moins 30 millions de Chinois. Elle était la langue maternelle de Mao Zedong, natif du Hunan, qui a appris le mandarin standard comme seconde langue ;

– le gan (贛語), parlé par environ 20 millions de personnes, surtout dans la province de Jiangxi, et qui est resté particulièrement proche du chinois archaïque (qui a précédé la période du chinois classique).

Autre point commun des langues chinoises : elles utilisent toutes le même système d’écriture. Vu de l’étranger, c’est souvent pour cette raison que l’on tend (à tort !) à toutes les considérer comme des dialectes du mandarin au lieu de langues à part entière. Ce sont les fameux sinogrammes ou hànzì (汉字) qui associent un son à un caractère précis… et contribuent à la réputation de langue difficile du mandarin (et par extrapolation, des langues chinoises en général). D’ailleurs, qu’en est-il vraiment ?

La difficulté des langues chinoises : mythe ou réalité ?

Selon les critères du HSK, seul test d’évaluation officiel du mandarin, il faut connaître un minimum de 5 000 caractères chinois pour prétendre au niveau de maîtrise le plus élevé de la langue. Un travail fastidieux lorsqu’on sait qu’il n’existe aucun lien logique entre la prononciation d’un caractère, son écriture et sa signification. Chaque sinogramme doit donc être appris individuellement. Et il ne s’agit que du mandarin ! En effet, un caractère utilisé en mandarin peut avoir une signification ou une prononciation tout à fait différente dans une autre langue chinoise. Connaître 2 500 caractères permet déjà d’être reconnu comme locuteur à un niveau avancé. Et le constat pourrait s’arrêter ici : le mandarin est bel et bien une langue très difficile. Sauf que…

Le mandarin et les langues chinoises sont en quelque sorte le négatif du russe et des langues slaves. Combien d’apprenants ont déjà eu envie de fuir en apercevant l’ombre du cyrillique, qui ne présente pourtant aucune difficulté majeure ? La grammaire du russe ou de l’ukrainien en revanche, c’est une autre paire de manches ! Les langues chinoises sont dites analytiques, à l’inverse du russe, de l’allemand et même du français qui sont des langues flexionnelles. Pas de panique, on vous explique tout.

En tant que langue analytique, le mandarin (tout comme ses langues sœurs) repose uniquement sur l’organisation et l’association des mots dans la phrase pour créer du sens. Autrement dit :

– si les conjugaisons en espagnol vous paraissent compliquées, vous serez ravi d’apprendre qu’il n’y a pas de conjugaison en mandarin, seulement des marqueurs de temps (aujourd’hui, je vais ; hier, je vais ; demain, je vais, etc.) ;

– il n’y a ni genres ni déclinaisons en mandarin (contrairement à l’allemand) ;

– il n’y a pas de pluriel non plus (à l’inverse du russe qui a la bonne idée de les faire varier en fonction du nombre : 1 день, 1 jour mais 3 дня, 3 jours et 5 дней, 5 jours) ;

d’ailleurs, les nombres se construisent logiquement en mandarin puisque 81 se lit simplement huit-dix-un 八十一 (rien à voir avec l’acrobatie mentale « quatre fois vingt plus un » dans notre chère langue !) ;

– enfin, pas d’agglutination non plus, c’est-à-dire d’ajout d’affixes, comme en turc ou en hongrois.

En plus de leur beauté calligraphique, les langues chinoises sont des langues aussi poétiques que logiques. Par exemple, « feu » se dit 火 (huǒ) et « montagne » se dit 山 (shān) en mandarin. Et que donne l’association de ces deux caractères ? 火山 (huǒshān) signifie « volcan » ! Notons au passage la ressemblance entre le caractère du feu et celui de la montagne avec les réalités respectives qu’ils désignent. Ou plutôt dessinent. Les mots feu, montagne et volcan en français peuvent-ils se vanter d’être aussi évocateurs ?

Au fait, quelles autres langues parle-t-on en Chine ?

Toutes les langues chinoises sont des langues de Chine. Mais toutes les langues de Chine ne sont pas des langues chinoises ! Finissons donc notre voyage en Asie orientale avec deux autres langues fascinantes :

Le tibétain, une autre langue tonale qui n’est pas directement apparentée aux langues chinoises bien qu’elle fasse partie de la grande famille des langues sino-tibétaines. Le tibétain est une langue-toit qui regroupe plusieurs dizaines de dialectes, parlés au Tibet, en Chine de l’Ouest, au Bhoutan, au Népal, en Inde du Nord et à l’est du Pakistan. Environ sept millions de locuteurs de langues tibétiques sont recensés dans le monde, dont une majorité dans la région autonome du Tibet. En fonction des régions, différents systèmes d’écriture sont utilisés (alphasyllabaire tibétain, alphabet ourdou ou devanagari).

L’ouïghour, une langue altaïque ou en tout cas une langue turque du Xinjiang, parlée par une vingtaine de millions de personnes. Elle s’écrit à l’aide de l’alphabet arabe et présente de grandes similitudes avec les langues de l’Asie centrale, notamment l’ouzbek. C’est une langue sans le moindre lien de parenté avec la famille des langues chinoises et qui a fait de nombreux emprunts au persan et au russe au cours de sa longue histoire !

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Arnaud Bernier
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.

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