Beyond English – Au fait, quelles langues parle-t-on aux États-Unis ?

Si vous pensez qu’on ne parle qu’anglais aux États-Unis, laissez-vous tenter par notre virée sauvage et linguistique outre-Atlantique. Dialectes de l’anglais, langues indo-européennes, asiatiques et amérindiennes : la diversité est bel et bien là !
03/11/2020
Beyond English – Au fait, quelles langues parle-t-on aux États-Unis ?

On a souvent une image caricaturale des États-Unis. Les businessmen pressés de Manhattan, les fans de rodéo du Texas, les gangs de Chicago, les musiciens de La Nouvelle-Orléans, les rednecks du Midwest… et puis, il y a ce cliché persistant d’un territoire monolingue. Sans parler de la généralisation du globish, cet anglais appauvri qui contribue à l’idée reçue d’une langue simpliste ! Mais un pays de 330 millions d’habitants (soit 5 fois la population française) et de 50 États peut-il décemment être réduit à cette liste de stéréotypes ? De Boston à Seattle en passant par Detroit, les States ne vivent-ils vraiment qu’au rythme de l’anglais américain ?

Babbel vous fait traverser l’Atlantique pour débarquer dans un pays qui s’est construit par l’immigration. Et où la diversité linguistique donne autant le vertige que les gratte-ciels de New York. Let’s see beyond English!

L’anglais américain, une histoire d’accents et de sociolecte

On parle d’anglais américain par opposition à l’anglais britannique standard. Bien qu’il s’agisse d’une seule et même langue, l’anglais de Londres diffère de l’anglais de Washington de par sa grammaire, son orthographe, son vocabulaire… mais aussi sa prononciation ! Mais des disparités existent aussi à l’intérieur du territoire américain. Entre la Nouvelle-Angleterre et la Floride, la distance n’est pas seulement géographique. Elle est aussi linguistique. Anglais du Maine, anglais de Californie, anglais américain du Sud… certes mais anglais quand même, pourrait-on dire ! Pourtant, en parallèle du General American English, des dialectes anglais se sont développés. L’un d’entre eux a une histoire fascinante à raconter : l’AAVE (oui, encore un sigle).

L’AAVE (African American Vernacular English, ou anglais vernaculaire afro-américain en français) est un sociolecte parlé par certaines communautés afro-américaines. Autrement dit, un dialecte non pas déterminé par des facteurs régionaux, comme les formes de l’anglais américain citées plus haut, mais par des facteurs sociaux. L’AAVE a longtemps été dénigré et considéré, à tort, comme du mauvais anglais. S’il s’agit d’un dialecte à part entière, c’est parce qu’on trouve un système codifié avec notamment :

– de l’argot : ride remplace le mot car, a beef désigne un conflit et pas seulement du bétail, etc. ;

– des abréviations spécifiques : par exemple, diss pour disrespect ;

– un usage répandu des contractions et de la double négation : he ain’t show me no diss nomo’! (il ne me manquera plus de respect !) ;

– des modifications de l’orthographe basées sur la phonétique : fuh au lieu de for, sho’ au lieu de sure, nuthin’ au lieu de nothing, etc. ;

– des inversions syntaxiques : ain’t nobody leavin’ au lieu de nobody is leaving (on peut penser au refrain entêtant de la chanson Ain’t Nobody de Chaka Khan) ;

– mais aussi des expressions idiomatiques (hit the do’, littéralement « frapper la porte » pour dire partir) et des tics de langage qui lui sont propres (that cheap-ass! au lieu de that’s very cheap!, « ce n’est vraiment pas cher ! »).

D’un point de vue grammatical, les locuteurs de l’AAVE ont tendance à omettre le verbe être (he comin’ over au lieu de he is comin’ over) et ont leur propre façon de former le futur (I’m finna work pour I will work). Qui oserait encore dire que les États-Unis sont un pays sans diversité linguistique ?

De l’East Coast à la West Coast : un road trip linguistique

Qu’en est-il des langues autres que l’anglais aux États-Unis ? Sans surprise, l’espagnol est la deuxième langue du pays. 42 millions d’Américains parlent espagnol à la maison… soit à peu près autant que les Espagnols eux-mêmes ! D’ailleurs jusqu’à la moitié du XIXe siècle, l’espagnol était la langue du sud-ouest des États-Unis, région alors rattachée au Mexique. Mais ce n’est pas la seule langue étrangère à s’être fait une place au soleil du Far West.

Le français aux États-Unis

Nombre estimé de locuteurs : 1,2 million

La langue française est surtout présente dans deux régions : la Nouvelle-Angleterre et la Louisiane. Une grande variété de dialectes français subsiste sur le territoire américain avec notamment le français cadien, le français du Missouri et le français du Michigan. Depuis l’arrivée des premiers colons français au XVIIe siècle, de l’eau a coulé sous les ponts de la Nouvelle-Orléans et l’anglicisation de la Louisiane ne cesse de s’accélérer. Au point d’y menacer la survie du français dans les décennies à venir. L’immigration d’Antillais francophones ainsi que le Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL) contribuent à maintenir l’intérêt pour la langue de Molière (ou plutôt de Louis XIV). En 2018, la Louisiane a même fait son entrée en tant que membre observateur au sein de l’Organisation internationale de la francophonie !

Le saviez-vous ? Le nom de la Louisiane rend hommage à Louis XIV… et c’est Napoléon Bonaparte qui a vendu le territoire aux États-Unis en 1803 pour 15 millions de dollars de l’époque !

Le russe aux États-Unis

Nombre estimé de locuteurs : 940 000

En pleine guerre froide (Холодная война en russe) et dans les années qui suivirent la chute du bloc soviétique, New York et d’autres grandes villes de la côte Est ont connu une immigration russophone importante. Moins connu que Little Italy, le quartier de Brighton Beach à Brooklyn est parfois surnommé Little Odessa en raison de sa communauté juive ukrainienne. Il n’est pas rare que les personnes âgées, issues de la première vague de migration de la seconde moitié du XXe siècle, parlent une langue hybride empreinte d’anglais et de russe… et transmettent cette habitude à leurs propres enfants et petits-enfants ! Créateur du personnage de Baba Fira, Garik Suharik partage le quotidien d’une babouchka à New York sur sa chaîne YouTube.

Les autres langues indo-européennes aux États-Unis

Quel est le point commun entre Neil Armstrong, Bruce Willis, Eminem et Donald Trump ? Ils ont tous des origines allemandes ! Si on compte 45 millions de Germano-Américains, la pratique de la langue est largement minoritaire avec moins d’un million de personnes l’utilisant à la maison. Environ 500 000 Américains parlent un dialecte germanique, comme le pennsilfaanisch (l’allemand de Pennsylvanie).

Quant à l’italien et au polonais, l’usage continue de se perdre avec les nouvelles générations. Aujourd’hui, ces langues ne rassemblent plus que 500 000 locuteurs chacune aux États-Unis. Le grec en comptabilise deux fois moins.

Et les langues asiatiques ?

Près de 3,5 millions de personnes parlent une langue chinoise aux États-Unis (essentiellement le mandarin et le cantonais), ce qui en fait le troisième groupe de langues après l’anglais et l’espagnol. Les plus fortes concentrations de sinophones se trouvent à New York et en Californie. Les autres langues asiatiques majeures sont : le tagalog (1,7 million), le vietnamien (1,5 million) et le coréen (1 million).

Les langues amérindiennes et l’hawaïen : des langues en danger

Impossible de brosser le portrait linguistique des États-Unis sans évoquer les langues amérindiennes et polynésiennes. Hawaï et l’Alaska sont les deux derniers États à avoir rejoindre l’Union en 1959. Plus de 60 ans plus tard, la disparition progressive de leurs langues locales est déplorée par de nombreux linguistes et autres amoureux des langues.

Les langues amérindiennes

Les langues amérindiennes ne sont plus parlées que par de petites communautés et se limitent souvent à la communication au sein de réserves indiennes. Avec environ 150 000 locuteurs, le navajo est celle qui résiste le mieux. L’ensemble des autres langues de la famille cumulent à peine plus de locuteurs à elles toutes ! En 2014, l’Alaska a décidé d’accorder un statut officiel à ses vingt langues amérindiennes en plus de l’anglais.

L’hawaïen

Vous connaissez sûrement le mot hawaïen aloha qui veut dire à la fois bonjour, au revoir et amour. Hawaï compte 1,4 million d’habitants mais moins de 20 000 locuteurs de l’hawaïen y sont recensés. Langue polynésienne menacée, l’hawaïen est un idiome fascinant où l’apostrophe est une consonne (on l’appelle okina), où les syllabes se terminent toujours par une voyelle et où deux consonnes ne peuvent jamais se suivre ! À lui seul, l’hawaïen semble résumer toute la beauté et la variété des familles de langues qui caractérisent non seulement l’Amérique du Nord mais aussi le monde entier. Et pour lesquelles il vaut la peine de s’engager.

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Arnaud Bernier
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.

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