Farsi et dari : à la découverte des langues iraniennes

Kurde, farsi et dari… les langues iraniennes forment une grande famille. De Téhéran au Tadjikistan en passant par la campagne du Caucase, quel est l’héritage des langues persiques et leurs dialectes ? Partons à la découverte des richesses des langues iraniennes !
Farsi et dari : à la découverte des langues iraniennes

Kurde, farsi et dari… les langues iraniennes ne se limitent pas aux langues de l’Iran. De la Turquie au Pakistan en passant par la Syrie et l’Irak, la famille des langues iraniennes occupe une grande partie du Moyen-Orient.

Farsi et dari : quelles sont les langues iraniennes ?

On estime que la famille des langues iraniennes rassemblerait 200 millions de locuteurs et plus de 80 langues, dont les principales sont :

  • Le farsi et le dari et autres langues persiques : environ 100 millions de locuteurs
  • Le pachto : environ 45 millions de locuteurs
  • Le kurde : 20 à 30 millions de locuteurs
  • Le baloutchi : environ 5 millions de locuteurs

D’autres langues, comme le tat ou le juhuri dans le Caucase, ne recensent plus que quelques milliers de locuteurs. Appartenant aux langues indo-européennes, cette famille linguistique n’est rattachée ni à l’arabe ni aux autres langues sémitiques. Un amalgame souvent dû à l’alphabet perso-arabe largement inspiré de l’écriture arabe. Langues indo-iraniennes, farsi et dari ont en réalité plus en commun génétiquement avec l’hindi, le bengali ou le népalais qu’avec l’arabe !

De la Perse à l’Iran : un bref aperçu du persan

Le persan est la langue officielle de l’Iran, territoire autrefois connu sous le nom de la Perse. Environ 40 millions d’Iraniens ont le persan pour langue maternelle, soit la moitié de la population. Mais la plupart des autres Iraniens la maîtrisent en tant que deuxième langue.

L’histoire du persan commence pendant l’Antiquité. Aux côtés du latin, du grec et du sanskrit, le vieux perse est considéré comme l’une des langues les plus anciennes. Né au VIe siècle av. J.-C., le vieux perse était alors réservé à l’élite aristocratique de l’Empire achéménide. C’est la langue associée à la cité antique de Persépolis (تخت جمشید). Ses secrets ont pu être percés au XIXe siècle grâce aux travaux de l’assyriologue Henry Rawlinson.

La période du moyen perse s’étend ensuite du IIIe siècle av. J.-C. au VIIe siècle apr. J.-C. Simplifiée et popularisée, la langue adopte un nouveau système d’écriture basé sur l’araméen. Son apogée au IVe siècle correspond à sa reconnaissance officielle par les Sassanides, dynastie qui règnera jusqu’en 651. En parallèle, le moyen perse prospère et s’ennoblit en devenant la langue liturgique du zoroastrisme. Une religion peu à peu abandonnée avec l’avènement de l’Islam mais qui reste encore pratiquée en Iran et dans ses pays voisins. C’est justement avec la conquête de la Perse par les Arabes que se développe le persan moderne.

Langue à la réputation difficile, le persan n’a pourtant pas d’article, pas de genre et un système de conjugaison relativement simple. La richesse linguistique de l’Iran est à l’image de sa civilisation avec plus de 70 langues différentes répertoriées. En plus du persan et d’autres langues iraniennes comme le baloutchi dans la région historique du Baloutchistan, on y parle aussi le turc, l’arménien et l’arabe.

Farsi et dari, des langues proches… mais différentes

Le persan n’est pas parlé qu’en Iran. Décliné en plusieurs variétés nationales, il porte le nom de farsi en Iran et de dari en Afghanistan. Un quart à un tiers des Afghans auraient le dari pour langue maternelle et 20 millions le maîtriseraient couramment, soit plus de la moitié de la population. Quant au pachto, l’autre langue officielle de l’Afghanistan et également langue iranienne, il comptabilise près de 10 millions de locuteurs. Comme l’Iran, l’Afghanistan est un pays d’une grande diversité linguistique avec une quarantaine de langues présentes sur le territoire. Le pachto est beaucoup plus présent au Pakistan voisin, avec près de 40 millions de locuteurs, bien qu’il ne dispose pas de statut officiel.

Le farsi et le dari sont officiellement reconnues comme deux langues distinctes. Mais leurs locuteurs respectifs n’éprouvent aucune difficulté majeure à communiquer entre eux. À quel point le farsi et le dari sont-ils différents ? Comme l’hindi et l’ourdou ou comme les langues constitutives du BSCM, la question appelle une réponse nuancée.

Sur le plan lexical, farsi et dari ont beaucoup emprunté au vocabulaire arabe. Toutefois, les emprunts français sont plus nombreux en Iran alors qu’on retrouve plus d’emprunts anglais en Afghanistan. Ainsi, vélo se dit بایسیکل en dari et se prononce exactement comme bicycle en anglais. Les Iraniens utiliseront plutôt le mot دوچرخه , qui se traduit littéralement par « objet à deux roues ». Et alors que les Afghans privilégient la racine arabe pour dire merci (تشكر), en farsi, c’est le mot français merci (مرسی) qui est couramment utilisé. Comme en Roumanie et en Bulgarie !

Sur le plan grammatical, les différences sont moins nombreuses. On pourrait les comparer à celles qui existent entre l’anglais britannique et l’anglais américain. Et comme pour les variétés régionales de l’anglais, le farsi et le dari se différencient aussi sur le plan de la prononciation. Le dari affiche des sonorités plus proches de l’arabe.

Tadjik et ossète, les langues iraniennes dans l’espace post-soviétique

Le farsi et le dari ne sont pas les deux seules langues persiques. Au Tadjikistan, le tadjik est le nom national donné au persan. Il est reconnu comme langue officielle au même titre que le russe. Et a la particularité d’utiliser une version adaptée de l’alphabet cyrillique, héritage de plusieurs décennies de domination soviétique. Les emprunts à la langue russe sont ainsi plus nombreux. Le tadjik est parlé par 6 des 9 millions d’habitants du pays, ainsi que dans certains pays voisins (l’Ouzbékistan compte 1,5 million de locuteurs).

Beaucoup plus confidentiel, l’ossète est une autre langue iranienne implantée en ex-URSS. Elle est surtout présente en Russie et Géorgie, en Ossétie du Nord et en Ossétie du Sud. Depuis 1992, l’Ossétie du Sud affirme son histoire et sa culture distinctives – notamment à travers sa langue – et a proclamé son indépendance de la Géorgie de façon unilatérale. À ce jour, seuls 5 États reconnaissent l’indépendance du territoire : la Russie, la Syrie, le Nicaragua, le Venezuela et Nauru. Comme le tadjik, l’ossète utilise sa version de l’alphabet cyrillique. La langue est scindée en deux dialectes, l’iron et le digor, et totalise quelques centaines de milliers de locuteurs.

Le kurde, une langue et quatre dialectes

Autre langue iranienne majeure, le kurde est loin d’être unifié. Les exodes historiques ainsi que le relief accidenté de la région ont contribué à diviser les kurdophones. Le kurde compte aujourd’hui 4 principaux dialectes :

  • Le kurmandji, ou kurde septentrional, parlé en Turquie, en Syrie et dans le Caucase (15 millions de locuteurs) ;
  • Le sorani, ou kurde central, parlé en Iran et en Irak (7 millions de locuteurs) ;
  • Le zazaki, ou kurde occidental, et le gurani, ou kurde oriental, avec moins de 2 millions de locuteurs à eux deux.

Le premier dictionnaire français-kurde n’a été publié qu’en 2016 ! Fruit de la collaboration de linguistes avec l’Institut kurde de Paris, l’ouvrage se base sur le kurmandji, le sorani et le zazaki. Il ne référence que 5 000 mots. La preuve du long chemin que le kurde – et les langues iraniennes en général – a encore à parcourir pour s’imposer sur la scène linguistique internationale !

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Arnaud Bernier
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.

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