À la découverte de la langue coréenne et de ses mystères

Aux côtés du chinois et du japonais, une langue asiatique passionne de plus en plus l’Occident. Entre K-Pop, films récompensés et alphabet facile à apprendre, le coréen a de nombreux arguments pour lui. Découvrons ensemble les secrets de cette langue fascinante !
À la découverte de la langue coréenne et de ses mystères

En 2017, la langue coréene rejoignait l’anglais, l’allemand et l’espagnol dans le programme d’enseignement linguistique français. Après l’arabe, le russe et le chinois, une langue exotique de plus s’ajoute à la liste des langues vivantes étrangères dans nos collèges et lycées. Bien sûr, le nombre d’établissements à la proposer reste limité. Mais les faits sont là : la langue coréenne attire de plus en plus d’apprenant·e·s, en particulier en France.

Babbel vous emmène au pays du Matin calme, entre les quartiers animés de Séoul, les beautés naturelles de Jeju et la vie secrète de l’autre côté du 38e parallèle, pour une immersion linguistique unique !

Une brève histoire de la langue coréenne

Les origines de la langue coréenne restent inconnues.  Est-ce une langue altaïque ? Peut-on reconnaître une généalogie avec les langues dravidiennes ou austronésiennes ? La linguistique est une science fascinante qui fait encore face à de nombreuses questions. Et l’énigme coréenne est l’une d’entre elles ! Aujourd’hui, l’hypothèse la plus largement acceptée fait du coréen un isolat, seul survivant de la famille des langues coréennes.

Au 1er siècle, la péninsule coréenne était divisée en trois royaumes : Goguryeo, Baekje et Silla. On y parlait des langues supposées proches jusqu’à la conquête de l’ensemble de la région par le royaume de Silla. Sa langue serait l’ancêtre du coréen moderne. Deux autres langues asiatiques ont eu une influence majeure sur le développement de la langue coréenne. D’une part, le chinois, par ses invasions répétées, ses alliances et la richesse de son histoire politique, est à l’origine de 60 % du vocabulaire coréen moderne. D’autre part, le japonais a lui aussi modelé le lexique et la langue de la péninsule coréenne, occupée par le gouvernement nippon de 1910 à 1945. Depuis quelques décennies, l’anglais influence à son tour le coréen.

Apprendre l’alphabet coréen… en quelques heures !

L’alphabet coréen, appelé hangeul (한글), est relativement récent puisqu’il n’a été introduit qu’au XVe siècle. Avant cela, le coréen utilisait les caractères chinois. Appelés hanja (한자) en coréen, ces caractères chinois ne sont pas sans rappeler les kanji (漢字) en japonais. Cependant, après avoir utilisé pendant plusieurs siècles un système hybride mêlant hangeul et sinogrammes, le coréen s’appuie désormais presque exclusivement sur ses propres lettres. Chaque année, la Corée du Sud célèbre son alphabet le 9 octobre.

Les non-initiés sont souvent surpris d’apprendre que le hangeul est l’un des alphabets les plus simples du monde. Il comprend 24 lettres, 14 consonnes et 10 voyelles, et il existe des moyens mnémotechniques efficaces pour les retenir. La vidéo (en anglais) ci-dessous présente une introduction complète en 5 minutes. Les lettres sont ensuite assemblées en bloc pour former des mots qui se lisent de gauche à droit et de bas en haut.

Une langue… pour deux pays

Le coréen est parlé par environ 80 millions de locuteurs, dont 50 millions en Corée du Sud et 25 millions en Corée du Nord. En Chine, deux subdivisions autonomes de la province de Jilin reconnaissent également à la langue coréenne un statut officiel : les préfectures de Yanbian et Changbai. On y recense près de 3 millions de coréanophones.

Malgré la division idéologique et politique de la péninsule coréenne et la présence de 9 dialectes du coréen, la langue reste globalement unifiée, sans réelle complexité de compréhension d’une région à l’autre. Le jeju, qui ne compte plus que quelques milliers de locuteurs, est le dialecte le plus distinctif et est parfois considéré comme une langue à part entière.  

Quelles différences entre le coréen de Séoul et le coréen de Pyongyang ?

Elles ne sont pas si nombreuses que l’on pourrait le croire. Bien évidemment, en raison des évolutions sociales et économiques respectives, le vocabulaire varie parfois. Mais de manière générale, un Coréen de Séoul ou de Busan n’aura aucune difficulté à comprendre un Coréen de Pyongyang. Notons que la Corée du Nord dispose de sa propre fête de l’alphabet, célébrée le 15 janvier. La République populaire démocratique de Corée utilise d’ailleurs le terme de chosŏn’gŭl (조선글) et non hangeul pour désigner son écriture. La langue elle-même est appelée hangukmal (한국말) en Corée du Sud mais choseonmal (조선말) en Coréen du Nord.

La langue coréenne et ses spécificités

Penchons-nous un peu plus sur les spécificités du coréen. Le coréen est une langue dite SOV, c’est-à-dire que les phrases se construisent sur le schéma Sujet-Objet-Verbe. Et si la langue française est, à l’inverse, une langue dite SVO (Sujet-Verbe-Objet), le japonais et le turc sont autant d’exemples de langues SOV. L’argument a d’ailleurs servi à construire l’hypothétique famille des langues altaïques.

Autre point commun entre le turc et le coréen : les deux langues sont dites « agglutinantes ». L’accumulation de suffixes et de préfixes, par principe d’agglutination, permet ainsi d’exprimer des idées de manière concise en un seul mot, là où le français aurait par exemple recours à des subordonnées.

De manière générale, la grammaire coréenne utilise de nombreuses particules pour renseigner la fonction des mots dans une phrase (sujet, complément de lieu, etc.). La particule ‘ka (까) sert à transformer une affirmation en interrogation. Et il s’agit, encore une fois, d’une autre caractéristique commune avec le japonais (particule ka) et le turc (particules mu, , et mi).

Les niveaux de politesse sont l’une des difficultés majeures du coréen. On en compte 7 mais « seulement » 4 sont utilisés dans le langage courant. Concrètement, chaque niveau de politesse possède sa propre particule et permet de s’adresser à son interlocuteur avec respect. On distingue :

– le registre informel non poli (sans suffixe) pour s’adresser à des amis proches, son frère ou sa sœur (mais aussi pour exprimer volontairement du mépris envers son interlocuteur !) ;

– le registre informel poli pour des collègues ou de simples connaissances ;

– le registre formel non poli, une forme neutre en l’absence d’informations précises sur l’interlocuteur ;

– le registre formel poli pour des personnes plus âgées ou au statut social plus élevé.

Si tout cela vous paraît compliqué, il y a quand même quelques bonnes nouvelles. La grammaire coréenne ne reconnaît ni les genres (comme en turc) ni les articles définis et indéfinis (comme en russe) !

Le saviez-vous ? Au-delà de leurs caractéristiques linguistiques originales, les Coréens ont également un système bien à eux pour… compter les âges ! À la naissance, un bébé a déjà un an. Tous les Coréens grandissent (ou vieillissent, c’est selon) ensuite d’une année au Nouvel An et non à leur anniversaire. Ce dernier est quand même fêté le jour de la naissance mais ne marque pas en soi le vieillissement d’un an !

Le rayonnement culturel de la Corée du Sud

Si le coréen attire un nombre croissant d’apprenants, c’est aussi parce que la culture sud-coréenne s’exporte de plus en plus. Souvenez-vous de l’été 2012. Le monde entier se passionne pour une danse étrange : le Gangnam Style – d’après Gangnam-Gu (강남구), l’un des quartiers les plus riches et modernes de Séoul. La chanson de Psy est sur toutes les ondes et le clip est le premier de l’histoire de YouTube à avoir dépassé le milliard de vues ! Depuis plusieurs années déjà, la musique coréenne prend une ampleur phénoménale en Europe, à tel point que certains concerts sont retransmis au cinéma.

Comme les boys band des années 1990 (Worlds Apart, 3T, Backstreet Boys…), les groupes de K-pop s’emparent de la décennie 2010. Les Beatles électrisaient des foules d’adolescents dans les années 1960, les professeurs d’allemand avaient noté un regain d’intérêt pour la langue de Goethe avec le succès de Tokio Hotel… et avec BTS, B.A.P., EXO ou encore TVXQ, c’est au tour de la Corée du Sud de faire son entrée en scène. K-Star Road, une rue dédiée aux stars de la K-pop est devenue un passage obligé de tout city trip à Séoul.

La culture coréenne rayonne aussi à travers le cinéma et les séries. Toutes trois disponibles sur Netflix, Kingdom (킹덤), Vagabond (배가본드) et Stranger (비밀의 숲) ont été acclamées par la critique. En 2019, Parasite (기생) de Bong Joon-ho (봉준호) remporte la Palme d’or au Festival de Cannes.

En 2020, il réalise un exploit encore jamais vu pour un film étranger en remportant l’Oscar du meilleur film. Avec près de 2 millions d’entrées en France, ce thriller psychologique est également un succès commercial. Avant lui, d’autres films sud-coréens avaient déjà retenu l’attention de la critique internationale, tant du côté des spectateurs que des médias, comme Memories of Murders (살인의 추억), The Host (괴물), Hope (소원), Mademoiselle (아가씨) et Dernier Train pour Busan (부산행).

Le coréen en 10 expressions clés

Pour conclure notre initiation au coréen, voici 10 mots et expressions clés à connaître pour votre prochain voyage dans la péninsule coréenne :

1. Bonjour (formel) : 안녕하세요 (an-nyeong-ha-sè-yo)

2. Merci : 감사합니다 (Gam-sa-ham-ni-da)

3. Excusez-moi (si vous bousculez quelqu’un) : 죄송합니다 (djwè-song-ham-ni-da)

4. Excusez-moi (pour attirer l’attention de quelqu’un) : 저기요 (jeo-gi-yo)

5. Oui : 네 () ou 예 () ou dans un registre plus familier (ouais), 응 (eung)

6. Non : 아니요 (a-ni-yo) ou sans le marqueur de politesse dans un registre informel, 아니 (a-ni)

7. Non, merci / Tout va bien, merci : 아니요 괜찮아요 (a-ni-yo, gwèn-chan-a-yo)

8. Je ne comprends pas : 이해가 안돼요 (yi-hè-ga-an-dwè-yo)

9. Je ne sais pas : 몰라요 (mol-la-yo)

10. Au revoir : 안녕 (annyeong) équivalent familier de salut ou dans un registre plus formel 안녕히가세요 (an-nyeong-hi ga-sè-yo) si vous restez et l’autre part ou 안녕히계세요 (an-nyeong-hi gyè-sè-yo) si c’est vous qui partez et que l’autre reste !

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Arnaud Bernier
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.
Arnaud est un ch’ti junkie des langues. À l’âge de dix ans, son exil à la Réunion lui fait prendre conscience de la beauté et de la diversité des cultures. Devenu aujourd’hui blogueur passionné et voyageur insatiable, il est particulièrement fasciné par le monde russophone et rêve parfois de tout plaquer pour élever des ours en Sibérie.

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