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Le verlan en deuspi - 4 règles pour l'apprendre à vos amis

Tour à tour secret, insolent, poli, rebelle ou ringard, le verlan fait partie de notre vocabulaire. Mais comment l'apprendre à vos amis étrangers ?

Vous avez compris le titre de cet article ? Si oui, bravo, vous maîtrisez le verlan ! D’ailleurs si vous parlez français, vous connaissez sûrement le principe. Par contre, pour expliquer la richesse et l’impact culturel du verlan à cette meuf* fraîchement débarquée de Stockholm pour son stage de fin d’études, il va vous falloir une bonne méthode. Heureusement… on est là ! Voici nos 4 règles d’or pour faire de vous un expert ès-verlan, sans devenir relou* pour autant.

Règle n° 1 : Il n’y a pas de règle

Pas question de chercher du côté de l’Académie française, de suivre des leçons niveau B2 ou de se référer à une méthode linguistique efficace. Le verlan ne s’apprend pas, ne se lit pas et ne s’écrit que très rarement. Par contre tout le monde le comprend (même votre reum*). Et puisqu’il est surtout parlé, et bien… tout le monde s’y essaie (y compris ma reum justement)(et c’est parfois gênant, croyez-moi).

La bonne nouvelle, c’est que l’absence de règles clairement édictées permet de vesqui* les sempiternelles et assommantes normes grammaticales inhérentes à la langue de Molière. C’est autant de temps gagné (surtout si vous ambitionnez de pécho* votre interlocuteur/ice).

Règle n° 2 : Il y a quand même quelques règles

Commençons par le commencement. Le principe du verlan est d’une simplicité enfantine : verlan = envers. Il s’agit donc d’inverser les syllabes d’un mot pour en créer un nouveau, via un procédé que les linguistes qualifient joyeusement de métathèse. Mais attention ! Comme tout langage secret qui se respecte, le verlan est codifié et ne se fabrique pas sur mesure. Non mentseuleu c’est hensibleincompré, mais en sseuplu ça fait tiep*. Et à moins d’avoir envie de rester kéblo* seul-tout*, il ne faut surtout pas dire n’importe nawak*.

Mais revenons à ce qui nous intéresse ici : la formation des mots. Vous savez donc que le verlan est une forme complexe (mais joyeuse) de métathèse. Schématiquement, nous pouvons identifier les quatre étapes généralement nécessaires à la construction d’un mot en verlan.

1. Accentuation ou suppression de la dernière syllabe du mot
2. Découpage syllabique du mot
3. Inversion des syllabes
4. Ajustement phonétique pour faciliter la prononciation du mot nouvellement formé

Un peu plus tôt dans cet article, j’ai utilisé le terme "vesqui", qui n’est autre que le verlan du verbe "esquiver". Voyons comment la verlanisation s’opère :

1. Esquiver > (suppression de la dernière syllabe) > Esquiv’
2. Esquiv’ > (découpage syllabique du mot) > Es/qui/v’
3. Es/qui/v’ > (inversion des syllabes) > V’/es/qui
4. V’/es/qui > (ajustement phonétique) > Vesqui*

Facile, non ?

Règle n° 3 : Le verlan ne se parle pas, il se déclame.

En suivant le schéma que nous venons de décortiquer, vous devez donc désormais être en mesure d’enseigner le verlan à bon escient. Quoi de mieux que d’engager une petite discussion culturelle avec votre conquête potentielle ?

Si l’utilisation du verlan fait désormais partie intégrante de la langue française, c’est d’abord et surtout le fruit d’une popularisation massive dans les années 80, puis 90. Utilisé comme signe de ralliement par les jeunes banlieusards des années 70, il est mis à l’honneur par Renaud, qui y voit une opportunité de renouveler la chanson française par son écriture directe et insolente.


En créant de nouveaux mots, le verlan rend possible de nouvelles rimes et participe ainsi à l’enrichissement de la langue. C’est également l’utilisation du verlan qui a permis au rap hexagonal de créer sa propre identité vocale vis-à-vis du slang utilisé dans le hip-hop américain. Et ça, c’est ouf*.

Règle n° 4 : Suivre les conseils de nos "experts"

En fait, la plus grande difficulté dans l’usage - et donc l’apprentissage - du verlan, c’est qu’on le pratique de façon très instinctive. Il faut dire qu’à l’instar de notre bagage "classique", nous avons tous incorporé un certain nombre de mots en verlan à notre vocabulaire usuel. Et ce parfois au mépris de la ringardise. Vous vous demandez si c’est cheum* de dire "c’est cheum" ? La réponse est oui : c’est cheum.

Pour chasser le moindre doute, je vous recommande de suivre les conseils vidéos de nos experts francophones à qui nous avons récemment demandé leurs mots et expressions favorites en verlan. Au moins, vous êtes sûr de ne pas vous taper la tehon* !

*LEXIQUE

en deuspi : en speed, rapidement
meuf : femme, fille
relou : lourd (péjoratif)
reum : mère
vesqui : esquiver
pécho : chopper (draguer)
tiep : pitié
kéblo : bloqué
seul-tout : tout seul
n’importe nawak : n’importe quoi
c’est ouf : c’est fou
c’est cheum : c’est moche
la tehon : la honte

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