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10 mots oubliés de la langue française

La langue de Molière recèle des trésors dont certains se perdent, à notre plus grand regret. Voici quelques mots oubliés qui viendront embellir votre langage.

Illustrations d’Adélaïde Laureau

Cancans

« Les commères du quartier passent leur temps à faire des cancans. »

Certains affirment qu’avec son « coin coin » caractéristique et proprement insupportable aux oreilles humaines, le canard a donné naissance au terme « cancan » qui signifie « bavardage malveillant ». Bien que pittoresque, cette explication semble un peu farfelue. « Cancan » pourrait en réalité venir de l’arabe كان كان, (« kan kan »), une formule qui désignerait « des propos futiles ».



Sobriquet

Ce synonyme désuet de « surnom » a comme sens premier « coup sous le menton ». Peut-être est-ce là qu’il faut chercher l’origine étymologique du terme, qui prend souvent une connotation moqueuse aujourd’hui, évoquant une pichenette symbolique qu’on donnerait à celui qu’on affuble d’un ridicule pseudonyme.

Quelques exemples historiques de sobriquets : « Berthe au Grand Pied » (Bertrade de Laon, épouse de Pépin le Bref et mère de Charlemagne) ; « Petit Caporal » (Napoléon) ; « Gros Louis » (Louis XVI, qui s’est vu affublé de ce surnom suite au catastrophique épisode de la fuite à Varennes) ; ou encore, plus actuel et international : « Il Cavaliere » (Berlusconi), ou « Governator » (Arnold Schwarzenegger, alias « Schwarzy » pour les intimes).

Ouste ! (Variante : Oust !)

« Ouste, sacripant ! »

Voilà une phrase qui fleure bon l’eau de Cologne de grand-mère, n’est-ce pas ? Elle me rappelle en tout cas ces moments où ma propre grand-mère me surprenait dans la cuisine en train de chiper les restes de gâteau dans le réfrigérateur (même si elle ne m’a jamais traitée de « sacripant », heureusement !). D’après certaines sources, l’onomatopée serait, à la base, une contraction des deux mots allemands heraus (dehors) et schnell (vite), et serait apparue au XIXe siècle. Son usage se serait banalisé en France après la Seconde Guerre mondiale.

Saperlipopette

« Saperlipopette, où ai-je donc laissé traîner mes savates ? »

Imaginez qu’en ouvrant la porte de la maison, vous surpreniez un chenapan en train de subtiliser vos savates. Diriez-vous : « Saperlipopette ! Que faites-vous ici ?! Ouste, gredin, du balai ! » ?

De l’avis de tous les étrangers à qui j’ai appris ce mot, « saperlipopette » est la quintessence même du paradoxe langagier : cinq longues syllabes regroupées en un mot qui n’en finit pas, pour exprimer une réaction aussi spontanée que la surprise. En termes de logique et d’efficacité, on a déjà connu mieux. En termes d’esthétique, en revanche, ce vocable est un vrai régal pour les oreilles !

Savates

« Laisse pas traîner tes savates ! »

Ce synonyme de « chaussures » ou « vieille pantoufle » a une nuance péjorative. Il est repris en ce sens dans des expressions telles que « traîne-savates », qui désigne une personne vivant dans la misère – une insulte pour le moins imagée. Son origine n’est pas clairement établie, mais le mot pourrait venir du basque ou de l’arabe, ce qui est d’ailleurs loin d’être incompatible, si l’on considère le cheminement étymologique des mots français venus de l’arabe, et qui ont souvent d’abord été transformés, notamment par l’espagnol ou l’italien.

Chenapan

« Qu’on ne t’y reprenne plus, petit chenapan ! »



Encore un terme qui irait tout à fait dans la bouche d’une grand-mère (en tout cas la mienne ! Heureusement pour moi, le mot n’existe pas au féminin). Ce mot, qui signifie « voleur de grand chemin », est également d’origine allemande. Il vient de « Schnapphahn », soit la contraction de « schnappen » (attraper) et « Hahn » (le coq), ce qui se traduit littéralement par « voleur de poules ». Il s’agit certainement d’une référence aux bandits sans scrupules qui faisaient main basse sur la volaille des paysans se rendant au marché.

Fi !

« Fi, fi, qu’elle est laide ! »

Cette phrase, tirée du conte de fée « La princesse Rosette » de Marie-Catherine d’Aulnoy est, pour je ne sais quelle raison, restée à jamais gravée dans ma mémoire. « Fi », composé de deux lettres assassines exprimant à la fois le mépris, le blâme et le dégoût, a tout d’une formule magique. C’est à la fois une interjection impitoyable pour le destinataire et un terme plein de délicatesse, qui exprime toute l’étendue de l’offense faite à celui qui la prononce, et donc toute sa sensibilité.

Marmaille

« Ils sont venus avec toute leur marmaille. »

Ce nom collectif qui désigne des enfants bruyants est composé du mot « marmot » et du suffixe « -aille », qui introduit ici une connotation péjorative. Eh oui, tout le monde n’aime pas forcément les enfants.

Fleureter

« Il aime fleureter avec la laitière. »

« Fleureter » est assurément mon préféré dans cette liste. Je l’ai rencontré récemment en feuilletant Berlin Alexander Platz, le roman allemand de Alfred Döblin, dans sa traduction française. En le lisant, je me suis rendue compte à quel point sa prononciation rappelait l’anglais « flirter ». Ni une ni deux, je suis allée faire mes recherches afin de confirmer ou non mon hypothèse, c’est-à-dire que le mot « flirter », couramment utilisé aujourd’hui avec son orthographe anglaise, viendrait en réalité initialement du français. D’après le _Trésor de la Langue Française_, c’est effectivement une des possibles origines du « flirt » moderne.

Ce terme rappelle l’expression désuète « conter fleurette » et renferme effectivement l’idée de séduction, de badinage et de discours fleuri. Outre sa trajectoire originale (du français vers l’anglais, puis à nouveau vers le français), la lecture de ce mot m’a séduite en faisant ressurgir dans ma mémoire ce passage de Sodome et Gomorrhe, de Proust, décrivant la première prise de contact entre Charlus et Jupien. Tout le texte décline la métaphore de l’insecte s’approchant prudemment de la fleur avant de la butiner. Une véritable prouesse littéraire et certainement l’un de mes passages préférés de la littérature française !

Contre-aimer

« Siecle vrayment heureux, siecle d’or estimé, Où tousjours l’amoureux se voyoit contre-aimé. » (Siècle vraiment heureux, siècle d’or estimé, Où toujours l’amoureux se voyait contre-aimé.) – Pierre de Ronsard

Pour rester dans la veine amoureuse et clore cette liste sur une note romantique, voici un joli verbe, aujourd’hui complètement disparu. « Contre-aimer » signifie littéralement « aimer en retour » une personne qui nous aime – l’ancêtre du « Tinder-match », en quelque sorte.

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